LIVRE I
Le long- de ces fleuves s’est écrite l’histoire dramatique des premiers jours de la conquête. Leurs rives sont semées de cadavres illustres, série sans fin de crimes sauvages qui commence par le meurtre de Solis, sur les rives mêmes de l’estuaire, en 1516, pour ne se terminer qu’en 1882, sur la rive la plus reculée d’un de ses affluents, par celui de notre compatriote le docteur Crevaux.
De tous les chefs qui ont entrevu pour la première fois un fleuve nouveau de cette région, aucun n’aura assez vécu pour faire le récit de son exploration. xAprès Solis, l’hésitation fut grande en Espagne: ses compagnons exagérèrent les cruautés qu’avait eu à souffrir leur chef et qu'eux avaient évitées par la fuite. Dix ans se passèrent avant l’expédition de Sébastien Cabot, Français au service de l’Espagne. Il devait le premier entrevoir le Ilaut-Parana, le Paraguay, le rio Vermejo et, sur les rives de chaque fleuve, voir périr nombre de ses compagnons.
Pire encore fut l’expédition de Mendoza, en 1535, et son atterrissage au lieu où est aujourd’hui Buenos-Aires. De longtemps on n’eût songé, peut-être, à revoir les hauts fleuves, si Mendoza, épuisé de ressources, n’eût entrepris de chercher un point de ravitaillement. Ayolas, l’officier qu’il envoya, devait le trouver et le fixer au lieu où est aujourd’hui l’Assomption du Paraguay, revoir le cours du rio Paraguay, passer devant les deltas du Yermejo et du Pilcomayo et, enfin, atterrir le 15 août 1536 à un point nommé Lamharé, auquel il donna le nom d’Assomption.
Cette ville, aujourd’hui, après de longues vicissitudes, retombée, momentanément, au rang de bourgade, devint le premier chef-lieu de ces Provinces du bassin de laPlata, dont