LIVRE V
ou d’objection, comme il convient à des hommes qui ont le monopole delà science qui enrichit ou appauvrit. Leurs arrêts sont, en effet, plus terribles encore et tout aussi obscurs que ceux du médecin, qui, lui, juge et condamne, mais n’exécute pas, dont les ordonnances pèsent fort peu devant la destinée; grande différence avec celles que préparent des juristes, que rendent et exécutent les juges, qui font plus que prévoir la destinée, qui en disposent.
Ce qui donne à l'avocat et aux juges une importance plus grande qu’ailleurs, c’est, en dehors de ce respect ancien, et de cette classification hiérarchique dont ils jouissent, par tradition, cette circonstance que le premier est, avec le second, dansle monde judiciaire, le seul de qui laloi exige un diplôme de doctorat, pour entrer dans la profession ou occuper un siège dans la carrière : ils reçoivent donc, naturellement, des notaires, des procureurs, de tous les auxiliaires de la justice, qui ne sont pas nécessairement passés par l’Ecole, autant qu’ils le reçoivent du public, l’hommage que leur valent leur compétence scientifique, l’étendue présumée de leurs connaissances et la supériorité de leurs études.
Cette situation spéciale fait de l’avocat le directeur exclusif de toute affaire, où la loi doit être consultée, où la Justice doit être mise en mouvement; il conduit, dirige et résume tout. De son côté, le juge doit, aussi, une situation spéciale à l’amplitude de ses fonctions : il siège seul, décide seul, non pas en tribunal ; les sentences, en première instance, sont signées de son seul nom, dictées par son seul critérium, ce qui donne au juge du premier degré plus de réelle importance qu’à ceux du second, membres d’un tribunal nombreux et impersonel.
Ceux-ci, cependant, rendent des sentences d’une plus grande importance, siègent avec une plus grande pompe et exercent des fonctions politiques de l’ordre le plus élevé.
C’est, en effet, une des particularités de la Constitution