‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 27 sur 152 · LE PORT ET L’ARRIVÉE · texte numérisé non relu

LE PORT ET L’ARRIVÉE

Comment on va à la Plata. — La traversée. — L’arrivée. — L’estuaire de la Plata. — Le débarquement à Buenos-Aires. — Les aspects de la ville et de Ja rade. — Les charrettes amphibies. — Le quai. — Les places et monuments. — Le trafic bruyant. — Les entrepôts. — Promenade dans les rues. — Les lucioles.

Voltaire a conduit et débarqué Candide et M"° Cunégonde à Buenos-Aires. Connaître le nom de cette ville éloignée, avoir une notion vague de sa situation à cette époque, où elle contenait à peine quarante mille habitants, n’était certes pas chose plus commune qu’elle ne l’est aujourd’hui, où ses cinq cent mille habitants commencent à faire quelque bruit dans le monde.

Voltaire, au reste, n’avait pas la pensée de découvrir l’Amérique, en y amenant Candide. Il y cherchait l’homme noir, qu’il n’aimait pas et dénonçait aux jalousies du roi d’Espagne, ce royaume étonnant des Missions, qu’un décret de 17G7 allait

rendre au néant, comme pour prouver qu’on lisait Candide à l’Escorial.

Il ne faudrait cependant pas chercher, dans Voltaire, un mot exact sur le port de Buenos-Aires pas plus que sur les Missions ; il a vu tout cela avec les yeux de sa fantaisie, et créé, pour la circonstance, un gouverneur et des jésuites de vaudeville, dans un paysage d’opérette.

Entre tous les ports du monde, celui-ci a sa physionomie spéciale, pas n’est besoin d’invention pour y découvrir des étrangetés.

Mais partons d’abord. Nous sommes en Europe, nous avons à traverser, dans sa plus grande largeur, cet Océan qui bat nos côtes, à suivre notre route, jusqu’à changer d’hémisphère et de saison; à quitter les contrées froides où nous vivons, et entrer, après peu de jours, dans les régions chaudes et la zone torride; atterrir quelques heures à la côte d’Afrique, et reprendre notre vol, abandonnés à nous-mêmes, entre ciel et eau, pendant huit ou dix jours, depuis la pointe extrême du cap Vert jusqu’à celle du cap Frio, qui nous annonce le nouveau monde.

Quelle succession enchanteresse de tableaux toujours nouveaux, qui viennent surprendre le voyageur dans la somnolence inconsciente de cette longue traversée ! Celui qui n’a parcouru que les voies de terre, quels que soient les pays variés qu’il ait visités, ne connaît pas ces surprises subites que vous découvre Fimprèvu des escales.

Si vous parcourez l’Europe, quelque rapide que soit l’express international qui vous porte à Moscou ou à Constantinople, vous arrivez à ces extrémités lointaines, prépai’é par des transitions insensibles. Vos yeux sont restés ouverts, votre esprit attentif a reçu peu à peu les impressions nouvelles, vous avez progressivement la sensation d’un monde différent dans lequel vous entrez, et nulle part le choc imprévu d’un inconnu qui vous surprend.

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