CHAP. I. — LE PORT ET L'ARRIVÉE
il faut en accuser moins l’insouciance créole que T importance des travaux à entreprendre.
Le problème se pose ainsi : pour mettre le port de Buenos- Aires en mesure de rendre les services qu’on lui demande, il faut établir une communication directe entre la rive et les grands fonds, à travers deux ou trois bancs qui en ferment les abords. Il eût été facile de le résoudre en déplaçant le port, le reportant à quelques lieues en aval ou en amont; la ville n’y eût rien perdu, mais son amour-propre en eût souffert. Ce projet a été rejeté.
Deux autres solutions se sont, il y a vingt ans, trouvées en présence. L’une, soutenue par un ingénieur anglais, M. Bateman, qui fut écouté comme un oracle, dont le plan, coûteux et irréalisable , consistait à créer, de toutes pièces, un port, devant la ville, en plein fleuve. L’autre, soutenue simplement par l’énergie de conception et d’exécution d’un ingénieur local, M. Huergo, consistait à utiliser et à élargir le ruisseau, au sud de la ville, là où Mendoza avait atterri, à lui donner quatre cents mètres d’embouchure, à le border de quais et de jetées, jusqu’au delà du premier banc de sable, à lui creuser un lit, jusqu’à mille mètres au delà de l’extrémité des jetées, jusqu’à rencontrer le premier canal naturel dans le lit du fleuve, qui le mettra en communication avec les eaux profondes.
Ce projet a reçu une exécution presque complète. Il a fallu quinze ans de lutte et la ténacité d’un homme, s’imposant au-dessus des péripéties diverses de la politique, pour mener à bien cette immense entreprise. Déjà, quelques navires de haut bord et de fort tonnage se sont rangés le long des quais et y déposent en quelques heures leurs ballots et leurs passagers.
En partie terminé, le port Huergo a ouvert la voie à d’autres projets, venus se greffer sur l’œuvre que cet ingénieur avait si vaillamment menée à bien. C’est ainsi qu’est né le