‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 33 sur 152 · LIVRE II. — LA RUE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA RUE

plan du port Madero, baptisé du nom de son auteur, aujour d’hui son entrepreneur. Une loi récente a voté cent millions pour celte création ; les capitalistes européens les ont souscrits, la première assise a été solennellement posée, les heureux propriétaires des terrains situés autour des futurs docks ont vu le prix de leurs biens, hier inutiles, s'élever de un à cent. L’œuvre est grande ; elle égale en importance ce que sei’ait la reconstruction entière et de toutes pièces du port du Havre, commencé il y a trois siècles et non encore achevé. On dit qu’en dix ans le port Madero sera terminé.

Pour le moment, les grands paquebots restent encore au large. De la bouée, qui simule, pour l’arrivant, le port de Buenos-Aires. — unique abri, refuge insuffisant, — il faut entreprendre, jusqu’à la rive, un voyage plein d’incidents, fécond en accidents, qui dure à peu près deux heures, et s’effectue sur de petits vapeurs de rade h

Au départ, on voit une vingtaine de steamers, de haut bord, retenus, comme celui que l’on vient de quitter, sur leurs bouées isolées. Chacun d’eux forme le centre d’un mouvement de va-et-vient, de barques de deux ou trois cents tonnes, qui viennent, à cette distance, prendre, pour les porter à terre, les quatre ou cinq mille tonnes de marchandises, que chacun apporte, ou lui amener les ballots de laine, les cuirs et les fûts de suif qu’il doit emporter.

On distingue, à peine, dans le lointain brumeux du fleuve, tout ce travail hâtif, qui semble se faire en silence; le bruit ne

1. L'inauguration d'un des bassins du port Madero a eu lieu en janvier 1889, les deux grands sieamers qui se partagent l’honneur d’être entrés les premiers dans ce bassin sont: YOrénoque, des Messageries maritimes, commandé par M. Mortemart, et le Paraguay , des Chargeurs réunis, commandé par M. Bugault.

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