‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 34 sur 152 · C H A P. 1. — LE PORT ET L’ARRIVÉE · texte numérisé non relu

C H A P. 1. — LE PORT ET L’ARRIVÉE

se perçoit pas des treuils qui se déroulent, des hommes qui crient, s’appellent ou s’injurient au milieu du langage ou du roulis, qui jette constamment les coques les unes sur les autres.

Après une heure, on traverse une autre région, à peu près dépeuplée celle-là, autrefois très mouvementée : c’est celle où les voiliers de fort tonnage venaient jeter l’ancre ; ils dis paraissent peu à peu, devant l’absorption de la navigation à vapeur.

Déjà quelques minarets émergent, des murailles blanches, des coupoles étincellent sous les rayons du soleil. C’est la ville. Les yeux la distinguent enfin ; nous en sommes loin encore. Je ne sais vraiment si le cœur bat plus fort à l’aspect désiré de la terre natale, retrouvée après une longue absence et un long voyage, ou à celui, quelque peu redouté, de la terre inconnue, que l’on est, volontairement ou inconsciemment, venu chercher si loin et qui se présente avec la figure impassible du sphinx de la fable.

Je ne parle pas des villes où les touristes se donnent rendez-vous, mais de celles, comme celle-ci, où quiconque aborde, — qu’il le confesse ou non, — vient chercher la solution du problème de la vie.

Celui-là, à peine réveillé de l’engourdissement de la traversée , entrevoit les heures de combat, craint déjà que ses espérances ne soient que des rêves.

L’aspect général, cependant, est agréable, et la rive l’accueille avec un large sourire. Sur une hauteur, en forme de promontoire bas, la ville s’étend, avançant par son centre, fuyant à perte de vue, à droite et à gauche. On se croirait, quand le soleil brille, ce qui est chose ordinaire, en présence d’une ville d’Orient, riche de monuments mauresques, dont les silhouettes se distinguent mal encore, mais promettent des merveilles. Ce ne sont que clochetons et campaniles, coupoles

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