‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 35 sur 152 · LIVRE IL — LA RLE · texte numérisé non relu

LIVRE IL — LA RLE

aux reflets étincelants, où les rayons du soleil se jouent su; des revêtements de faïence aux mille couleurs. On rêve de Maures et d’Alhambra, on s’attend à trouver un pendant à Sainte-Sophie. Il n’est, pas jusqu’à cette rotonde à cinq étages, ancien fort, transformé en dépôt de douane, qui ne surprenne par la nouveauté de son dessin. Tout cela donne aux yeux des jouissances de tons chauds et de lignes élégantes; l’on croit mettre le pied dans une ville de monuments où l’art est maître, où tout le monde vit dans des palais.

Pour conserver ces illusions, il faudrait ne pas trop approcher. Mais c’est là le but. Une promenade suffira pour dissiper quelque peu ces mirages.

Jouissons du moins du spectacle de la rade aux environs de la rive ; il vaut qu’on s’y arrête.

A mesure que vous approchez, un môle se dessine et se dresse, où vous attendez le moment de mettre le pied, et de faire, d’un saut, votre premier geste de conquérant du nouveau monde. Attendez. L’eau ne saurait que par exception vous porter jusque-là : pour le moment, elle s’est retirée loin de ce môle qu’elle devrait baigner et qui se dresse sur ses échasses dont les bases reposent sur le sable.

Faudra-t-il débarquer à la nage? Des véhicules amphibies vous en épargneront la peine. Roulant dans l’eau, traînées par deux ou trois chevaux, ahuris, soufflant, tirant, perdant pied, nageant les naseaux dehors, et finissant, trop souvent, dans une noyade, cette existence de chevaux marins, de lourdes charrettes, aux roues de deux mètres, au caisson monumental, se groupent comme le feraient des barques. Des nautoniers d’une espèce inconnue brandissent un fouet pour signaler leur présence et obtenir la préférence.

Le voyageur, traîné, cahoté, ajuste assez de liberté d’esprit pour se cramponner aux montants raboteux de son radeau roulant : le sang-froid lui manque pour jouir de l’imprévu

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