‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 36 sur 152 · CHAP. I. — LE] PORT ET L’ARRIVÉE · texte numérisé non relu

CHAP. I. — LE] PORT ET L’ARRIVÉE

de celte navigation; mais il reviendra pour assister, du haut de la jetée, à ce spectacle, qu’il trouvera pittoresque, quand d’autres le lui donneront.

Il suivra, alors, avec intérêt, les mille détails de ce coin de rivière mouvementé, où des charrettes, par centaines, se suivant, à la file, dans l’eau clapotante qui n'en laisse émerger que les parties élevées et la tête des chevaux qui les tirent, se pressent le long des embarcations, y reçoivent ou laissent leur chargement. De-ci, de-là, des hommes à cheval surveillent ce travail. Les entrepreneurs de ce roulage aquatique les ont postés là pour porter secours aux attelages en péril. Sur leur selle, un lasso de cuir est roulé, solidement attaché à un anneau de fer; les jambes repliées sur le dos de leur cheval, demi couchés, la cigarette aux lèvres, ils semblent indifférents à ce qui se meut autour d’eux et n’être là que pour apostropher de leurs plaisanteries gouailleuses les charretiers qui défilent. Cependant, jamais l’attelage n’attend le secours qu’ils lui doivent ; les signaux de détresse sont superflus ; leur longue habitude leur a fait prévoir le danger que va courir un imprudent, avant que celui-ci le soupçonne; leur esprit taquin seul les retarde; ils ne veulent pas perdre cette occasion de laisser le maladroit recevoir sa petite leçon et leur offrir un thème fécond en railleries. Ces hommes sont les cuarteadores , tous gauchos; ils excellent à ce genre d’exercice difficile et dangereux, y perdent rarement la vie et jamais leur bonne humeur.

Le travail est actif ; les heures de la journée sont courtes et les journées rares où il soit possible. Rien de plus capricieux que le flot, sur cette rive de la Plata. Les vents de l’ouest refoulent les eaux à un ou deux kilomètres, les goélettes s’éloignent avec elles, les charrettes alors restent à la rive et attendent, en rangs serrés, que le reflux relève le niveau de l’eau et, ramène les barques.

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