C II A P. I. — LE PORT ET L’ARRIVÉE
au milieu du coloris de ce pays, à l'atmosphère chaude et claire, un petit coin de la patrie absente, il entend l’écho de chansons fredonnées dans sa langue, de bruits oubliés qui lui sont chers. Sa pensée s’envole derrière ces ballots d’autre forme, qui partent, eux aussi, qui iront rouler là-bas, inconscients, sur ce quai d'un port d’Europe, où il lui serait si doux d’aborder, avide de contact avec le sol indifférent de la patrie lointaine.
Les quais de Bordeaux ou ceux de Liverpool ne sont pas plus animés ni plus bruyants. Le grand et le petit cabotage, apportent là les produits du pays intérieur desservi par les grands fleuves l’Uruguay et le Parana, les chalands de rade, les chargements des navires d’outre-mer, le mouvement est continu de voyageurs venus de tous les points du globe: enfin, pour brocher sur le tout, des trains se succèdent de minute en minute au départ ou à l'arrivée de la gare centrale où aboutissent toutes les lignes de pénétration de la République, dont quelques-unes s’étendent au delà de deux mille kilomètres.
La rue! C’est là le premier, souvent le seul champ d’exploration ouvert à l’étranger. Il y est bien exposé à recueillir des observations superficielles, à faire une ample moisson d’erreurs; personne, du moins, ne tente de lui faire voir autre chose que ce que ses yeux lui montrent sous la lumière crue du plein air.
Plus qu’ailleurs, dans une ville américaine où la franchise est de règle, où les allures sont libres et sans contrainte, où le climat, toujours tempéré, prédispose les habitants à vivre en plein air, le promeneur, s’il ne craint pas les pavés rudes, les trottoirs inégaux, le frôlement dangereux de charrettes