CHAP. I. - LE PORT ET L’ARRIVEE
maisons patrimoniales ont été délaissées, le haut commerce, les banques, les grands établissements industriels ou financiers ont payé des prix inattendus pour ces vieux asiles de l’aristocratie créole, qui, subitement enrichie, s’est éloignée du centre bruyant pour se construire de grands et somptueux hôtels dans des quartiers nouveaux où l’on avait jusque-là paisiblement cultivé le pêcher et l’oranger.
Le quartier des affaires a conservé ses assises sur la partie de la ville la plus rapprochée du port, qui est aussi la plus anciennement construite, où les premiers habitants se sont établis. Là, se groupent tous les édifices municipaux, religieux, les banques, le Palais de Justice, la Bourse, la Poste, le Palais du Gouvernement, celui du Congrès, le grand Théâtre, qui annoncent une grande ville et lui donnent la vie d’une capitale.
Autour de ces édifices se groupent les grandes maisons de commerce, qui, se vidant, chaque jour, pour s’emplir de nouveau, donnent à ce quartier l’aspect d’un immense entrepôt. Tous les produits de l’industrie du monde entier entrent et sortent ; défilé continu de hautes charrettes, ruisselantes de l’eau du fleuve, qui remontent de la plage pour y retourner. Peu de villes présentent un mouvement aussi bruyant dans des rues aussi longues et aussi étroites. Sur un pavé inégal, où les soubresauts sont rudes, la file des charrettes et leur danse affolée, assourdissante, ne s’arrêtent qu’à la nuit; le silence n’est plus alors interrompu que par les grelots du tramway et la trompe de leurs conducteurs.
Ceux-ci sont les maîtres de la ville. Ils servent, si admirablement, la paresse des habitants, ils ont, dans le pavé primitif et le nivellement imparfait des rues, de si puissants auxiliaires, que leur apparition a supprimé, à la fois, les piétons, les cavaliers et les voitures. Avant eux, l’usage du cheval était général chez les gens que leurs affaires appelaient hors de chez eux. Les portes de la Bourse, celles des tribunaux étaient