‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 41 sur 152 · LIVRE II. — LA RUE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA RUE

toujours, à certaines heures, encombrées d’une foule de chevaux, sellés et bridés qui, les pieds entravés, attendaient leurs maîtres. On en comptait quelquefois une centaine : entassement bizarre de bêtes fort douces, qu’un bruit imprévu, un geste de gamin espiègle, suffisaient à affoler toutes et à jeter, en dangereuse bousculade, sur les vitres du voisinage et les trottoir. Le tramway a modifié tout cela. Grâce à lui, la ville est devenue si vaste, s’étendant de l’est à l’ouest sur une longueur de plus de douze kilomètres, et sur une largeur égale du nord au sud qu’ils sont vite devenus insuffisants malgré le nombre et la rapidité de leurs voyages. Ce mouvement, qu’ils ont créé et qu’ils ne peuvent plus satisfaire, a amené le besoin de voitures privées, aujourd’hui si nombreuses que la largeur des rues pourrait être doublée sans qu’elles fussent suffisantes à cet immense trafic , qui fait de Buenos-Aires la ville du monde la plus mouvementée.

Buenos-Aires ne mériterait pas d’être une ville américaine, si la rue n’appartenait pas tout le jour au mouvement commercial; mais elle ne serait pas une ville espagnole, si ce mouvement durait plus de quelques heures. L’activité y est donc, à la fois, créole et américaine, c’est dire que, si elle se lève tard et se couche tôt, elle est, pendant quelques heures, très intense.

Le soleil est déjà haut sur l’horizon quand les rues s’animent; il l’est encore quand les hommes d’affaires reprennent, en tramway, le journal du soir à la main, la route de leur demeure. Presque partout a survécu l’usage colonial de dîner à cinq heures et de consacrer les heures qui suivent à humer un peu d’air frais, à rouler des cigarettes, et à sucer le traditionnel mate.

A quoi bon courber l’échine sur un labeur forcené? Tous

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