‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 42 sur 152 · C II A P. I. - LE PORT ET L’ARRIVÉE · texte numérisé non relu

C II A P. I. - LE PORT ET L’ARRIVÉE

les efforts ne vaudront pas un jour de pluie sur la plaine, toutes les fatigues ne répareront pas les pertes d’une saison de sécheresse : quant aux plaisirs, la majorité des créoles est de l’avis de lord Palmerston : « La vie serait encore supportable s’il n’y avait pas les plaisirs, » aussi évite-t-elle de s’en imposer les fatigues et préfère- t-elle la vie calme du salon de famille, où chaque année un nouveau-né vient réclamer une place, — joie sans mélange, dans un pays où la vie est facile et l’espace ouvert aux ambitions humaines !

C’est, le plus souvent, loin du quartier des affaires, là où leur bruit ne pénètre pas, que chacun choisit son domicile privé. Chacun rêve de bâtir sa maison le long des rues paisibles, de l’élever semblable à la voisine, de lui donner les huit mètres de façade qu’exige ce palais désiré, et d’y mener, paisible, une de ces existences monotones de vie de province, que le romancier n’a jamais sondées et dont les drames bourgeois échappent à la chronique.

A la nuit tombante, le crépuscule, très court, change le tableau de la rue. Elle appartient aux promeneurs et aux oisifs.

Dans une ville où les jardins et les lieux de promenade ne sont encore qu’à l’état de projets, la rue est le seul théâtre où la femme se montre. Il faut vraiment que la température soit inclémente pour qu’elle ne l’emplisse pas, dès sept heures, du caquetage bruyant de toute sa jeunesse. De tous les points de la ville, on quitte le coin de fenêtre ouverte, ce foyer des pays chauds, où, derrière une jalousie à demi baissée, on s’est dissimulée, en observation, une bonne partie du jour ; un peu lasse de la revue passée, dans une rue trop isolée pour quelle soit féconde en émotions, on vient se donner soi-même en spectacle.

Le point, où tous les groupes aboutissent, est la seule rue qui ait une réputation d’élégance, la rue Florida. Étroite et

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