LIVRE II. - LA RUE
avons entrevues? Prenons le type le plus ordinaire, celles qui mesurent huit mètres de façade, ont sur rue deux fenêtres et une porte.
Les pièces construites sont partout distribuées de la même manière. Sur la rue, un salon à deux fenêtres, quelquefois trois, prolongé par une pièce plus petite, annexe du salon, qui borde un côté de la cour; à la suite, deux pièces, une troisième faisant équerre sur la première cour et la séparant de la seconde ; enfin plusieurs pièces dont le nombre varie suivant les besoins de la famille, la cuisine, et souvent un petit jardin. Le tout a, presque invariablement, soixante mètres de profondeur, ce qui constitue, en longueur, la moitié de chacun des carrés réguliers qui partagent la ville.
Une habitation de ce modèle, toujours construite en briques, dans ce pays où la pierre manque totalement, dont les bois très lourds et très durs sont amenés du Paraguay, les marbres qui servent de revêtement d’Italie, les pierres des trottoirs et des cours de Hambourg, coûte environ 25,000 francs, de frais de bâtisse. Le terrain, suivant le quartier, c’est-à-dire suivant que l’on s’éloigne plus ou moins du centre de l’activité, varie aujourd’hui de 20 à 100 piastres nationales 1 le mètre carré. Nous parlons seulement des parties de la ville où l’on ne rencontre que des maisons de famille. Dans le centre commercial, les prix sont plus élevés et ont atteint jusqu’à 1,500 francs le mètre carré. Dans les faubourgs, seulement dans les régions où les rues ne sont pas pavées, on peut obtenir des lots à bâtir à des prix qui varient entre 10 et 20 piastres le mètre carré.
D’autres habitations font exception. Il y a quelques années
i. La piastre nationale papier vaut 5 francs au pair, mais ses fluctuations sont assez fortes et on l’a vue tomber jusqu’à 3 francs; son prix moyen peut être fixé à 4 francs. Le vare a 86 centimètres.
CHAP. II. — L’HABITATION
à peine que les grandes fortunes, jusque-là latentes, et révélées tout d’un coup, sous l’impulsion des capitaux étrangers et de l'immigration, qui ont donné à la terre une valeur inconnue, se sont édifiés des palais à leur taille.
Quelques propriétaires de fortune incontestable et nouvelle ont donné le branle, ceux dont la richesse est plus ancienne n’ont pas voulu rester en arrière. Les uns et les autres ont mis la pioche dans leurs vieilles demeures, fait taille rase, et, sur les ruinés de ces édifices, ont élevé des palais de marbre où ils entassent toutes les preuves meublantes de leur opulence.
Ces grandes demeures rappellent les hôtels de Paris, les chalets de Norvège, les alcazars mauresques, les palais d’Italie, les grands châteaux de France, et quelques-unes, peutêtre moins solides qu’éclatantes, des châteaux d’Espagne.
C’est Paris surtout qui en fournit le mobilier, qui y envoie, dans des caisses et du papier de soie, les échantillons les plus coûteux de son industrie : tapisseries luxueuses, tentures ordonnées, réglées et composées sur plans, objets d’art, de bronze, et de marbre, les plus nouveaux ; des tableaux de maîtres garantis sur facture par des commissionnaires qui ont reçu 5 0/0.
Si tout ce luxe importé n’a aucun cachet local, il ne faudrait pas s'imaginer qu’il sente l’exportation. Le style des décorations n’a rien perdu de son éclat en passant les mers. Les premières commandes ont vite entraîné des imitateurs et amené l'immigration de quelques ouvriers habiles, encore imbus des principes de la bonne école parisienne et qui placent, complètent, augmentent, suivant les exigences de ce luxe nouveau.
On chercherait vainement à distinguer, parmi ces maisons