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CHAP. IV. — LES MENDIANTS ET LES DÉCLASSÉS

maigre recette, et repartant pour une autre ville de l’Atlantique ou du Pacifique, comme ferait une troupe de cirque ou d’opéra.

Mais là n’est pas le vrai personnel de la mendicité professionnelle.

Celui-Là a son jour et ses traditions; il n’apparaît dans la rue que le samedi, pour faire sa recette; en semaine, par exception seulement, sous le porche des églises et à la porte des maisons mortuaires, le jour où quelque famille célèbre des funérailles.

Cette horde de nègres, de mulâtres, d’indiens, de vieux soldats éclopés, de mégères de l’Apocalypse, qui vous entourent et harcèlent les jours de deuil, à la sortie des églises, sont un spectacle assez repoussant pour dégoûter même d’hériter.

Ils sont nombreux, plus que cela, grouillants, sales, noirs, déguenillés à plaisir; ils craindraient de ne pas inspirer pitié s’ils n'apparaissaient couverts de toutes les scories. Cette Cour des miracles célèbre là ses fêtes carillonnées ; mais son vrai jour d’aubaine, où la recette est régulière comme une rente, est le samedi.

Dès l’heure où la vie commence, ils sortent des logements inconnus où, pendant la semaine, ils ont attendu, dans une oisiveté puante, ce jour de recouvrement, grassement nourris de restes peu appétissants, mais abondants et à leur goût. Le samedi venu, quelque temps qu’il fasse, on les voit parcourir les rues, par files interminables, bizarres, clopinant, se traînant sur des savates sans forme, balayant le trottoir de haillons ignorés ailleurs, portant et soutenant leur besace, et. surtout, parlant, riant, hoquetant, glapissant des phrases entrecoupées où toutes les langues du globe semblent avoir jeté, — comme le fait des rebuts la société dans leur besace — les

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