LES GRANDS FLEUVES ET LES GRANDES RÉGIONS DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE
Position géographique. — Les grands fleuves du bassin de la P, ata. — La découverte. — La marche de la colonisation : époque de la conquête; ère coloniale; ère moderne. — Peuplement, cultures et destinée des grandes régions. — Divisions naturelles: région tropicale; région montagneuse; région pampéenne; région mésopotamienne. — Divisions politiques : Provinces constituées et Territoires nationaux. — Contrées désertes: le Cliaco et la Patagonie.
En entreprenant l’étude de la vie sociale d’un pays dont l’importance dans le monde est beaucoup au-dessus de celle que semblerait lui assigner sa population, encore réduite à quatre millions d'habitants, et au-dessous de celle que lui promet son immense territoire, vaste comme l’Europe, partout habitable, fertile et desservi par les lleuves les plus
grands du monde, nous n’ignorons pas qu’un obscur brouillard enveloppe, dans le lointain, où on les aperçoit vaguement, le nom harmonieux de République Argentine, et celui plus connu de sa capitale, Buenos-Aires, et nous nous demandons ce que nous devons le plus craindre, de ce que l’on sait de ces pays ou de ce que l’on en ignore.
Pour se rendre un compte exact de la valeur de nos appréhensions, il faut, au retour de ces contrées, avoir eu la mauvaise fortune d’être obsédé de questions, aussi courtoises qu’imprévues, sur les pays que l’on a parcourus, leur étrangeté probable, leur éloignement, qui est, lui aussi, on ne sait pourquoi, un sujet d’étonnement, enfin leur position géographique.
Parlez-vous de la rapidité des voyages, qui fait aujourd’hui la terre si petite, et, réduisant l’Océan Atlantique aux proportions d’un lac, met Buenos-Aires à vingt jours de Bordeaux, vous devez entendre, sans broncher, l’observation d’une personne diplômée à l’Hôtel de Ville : « Ah ! oui, depuis le percement de l’isthme de Suez ! »
Un autre jour, ce sera le président très érudit d’une société très savante, créée spécialement pour s’occuper des choses d’Amérique, qui parlera de Buenos-Aires comme d’un village d’indiens, de la pampa comme d’un désert dédaigné, où chacun peut choisir, à sa fantaisie, l’emplacement de sa tente et vivre de la chasse des bœufs sauvages dont il ira vendre les cuirs à sa guise.
Cette légende ancienne, qui peuple la pampa de bœufs sauvages, se multipliant avec une facilité inconnue ailleurs, peut passer pour de la science à côté de cette phrase, trop historique, d’un tanneur de Bolbec, demandant à son courtier du Havre un envoi de cuirs et lui recommandant, sans intention de plaisanterie, de lui adresser mi-partie bœufsnosaires et mi-partie vachesTnosaires.
L’écho de ces énormités a nécessairement passé l’Atlan-