CFI AP. I. — FLEUVES ET RÉGIONS
tique. La presse de Buenos-Aires, qui ne se compose pas de moins de vingt journaux quotidiens de grand format, dont deux français, deux anglais, trois italiens, deux allemands et les autres en langue espagnole, trouve dans ces ignorances autant de sujets d’affliction que d’occasions de gaieté. Elle entreprend contre ces légendes une guerre continue qui n’a produit encore d’autre résultat que d’engendrer des statistiques officielles, fédérales, provinciales et comparées, dont les colonnes de chiffres effrayent plus encore qu’elles ne prouvent.
A côté de ces statistiques, pour les éclairer et compléter leur œuvre, nous voudrions placer le tableau complet de la société, qui, depuis trois siècles, a jeté ses assises et préparé, dans les limites de la République Argentine, l’éclosion d’une grande nation.
Ce pays jeune a ce privilège que, si sa géographie est difficile à embrasser d’un coup d’œil d’ensemble, en raison de ses proportions, son histoire ne cache pas de secrets. Il est possible de retrouver, encore fraîche, la pensée des fondateurs des villes, et vivant le souvenir de ceux qui ont contribué à arracher ce pays à son obscurité préhistorique. Trois siècles h peine nous séparent de sa découverte. Si la vie et les origines des hommes de cette époque si récente est, à peu près, aussi obscure que celle de l’homme des cavernes, si la science en est à leur endroit réduite à cuber des crânes dont les cerveaux envolés n’ont laissé aucune trace de leur passage, il est, par contre, facile d’assister à l’éclosion de la pensée nationale, aujourd’hui réalisée, de pénétrer. avec les fondateurs, dans les terres qu’ils découvrent, de voir se combiner sous nos yeux les éléments divers d’une société naissante, soumise à des lois apportées du dehors et puisant sans hésiter dans les trésors accumulés par l’humanité.