C IIAP. IV. — LES MENDIANTS ET LES DÉCLASSÉS
Les déclassés ne sont pas un produit du sol, ils sont les ratés de l’émigration mal conçue qu’il faut décourager.
C’est triste à dire et à s’avouer : tout Européen, au moment où il met le pied en Amérique, pour tenter une entreprise quelconque, y faire ou refaire sa vie, est forcément, — qu’il s’en rende compte ou qu'il le nie, — un déclassé.
On n’émigre pas sans se dépayser, et tout dépaysé est, au jour de son arrivée, dans une situation d’infériorité au milieu de ceux qui sont nés ou l’ont précédé sur cette terre, où il arrive.
Les Américains, qui le savent bien, traitent d’un peu haut ce nouvel arrivé, ce frais émoulu d’Europe, qui, le plus souvent, a très bonne allure, et porte ce cachet de vigueur des vieilles races, de décision des aventuriers, ou d’intelligence des entreprenants. Ce quelque chose de nouveau, d’original, qui le distingue au regard, pour eux, le dénonce au dédain. Sous cet air de supériorité, ils ne veulent distinguer qu’un vaincu du vieux monde, qui demande au nouveau, et attend de lui une réparation.
Tant qu’il n'aura pas pris son rang dans ce milieu, émoussé ses angles, aplani ses reliefs, il sera un déclassé. Il lui faudra longtemps pour atteindre le niveau moyen, n’être ni audessus ni au-dessous de ceux avec qui il lui va falloir vivre, c’est-à-dire lutter.
Cette vérité est si vraie, l’Amérique déclasse si bien l’individu, en le transformant, lui inflige des modifications si complètes, qu’à son retour dans sa patrie, dans son propre milieu d’origine, il lui faudra subir une nouvelle acclimatation morale aussi bien que physique, quel qu’ait été le temps de son exil.
Cette observation ne supplique pas à tous les nouveaux