‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 73 sur 152 · CIIAP. IV. — LES MENDIANTS ET LES DÉCLASSÉS · texte numérisé non relu

CIIAP. IV. — LES MENDIANTS ET LES DÉCLASSÉS

mier, le plus terrible, est l’éternel : « Savez-vous la langue? » avec lequel les reçoivent tous ceux à qui le bachelier débarqué demande où est le chemin de la fortune, et, après une longue épreuve d’oisiveté, le lieu où il pourrait trouver encore un morceau de pain.

Ce n’est pas même la lutte, pour lui ; elle ne lui est pas permise : « Savez-vous la langue? ». Tout est là. « Quelles sont vos ressources ? » De quoi vivre peu de temps. — ■ Si le sac est un peu rempli, peut-être le malheureux pourra s’en tirer, mais, s’il est léger, que va-t-il devenir?

En Europe, on rit encore de celui qui n’a pas d’autre bagage, à son entrée dans la vie, que son diplôme de bachelier; en Amérique, on n’en rit même plus; celui, au reste, qui n'apporte pas d’autre ressource, l’avoue une fois, mais pas deux.

Ceux qui n’ont pas compris quelle naïveté il y avait de leur part à se recommander de ce malheureux titre, voyez-les descendre. Iis ont la foi. Ils ont cru qu’une bonne éducation, une instruction solide étaient de quelque valeur dans une société nouvelle, qu’au moins ils auraient la ressource d’enseigner aux autres ce qu’ils avaient eux-mêmes appris. Hélas ! ces Bias expatriés ne trouvent pas acheteur pour leur bagage classique. Ils ont oublié d’apprendre la seule science qui ait une vraie valeur dans ce milieu, la science de la vie. Européen! il te faut l’apprendre au plus vite, et non pas enseigner, dans un pays où les enfants en ont découvert tous les secrets, à douze ans, et passent maîtres à quinze, disposant déjà d’un bulletin de vote!

Bachelier naïf ! le blé ne pousse pas pour toi sur cette terre vierge, tu perdras vite l’habitude de manger à ta faim, et tu t’en iras vaincu, rapiécé, chercher et ne pas trouver un troupeau qui ait besoin d’un gardien. Si tu n’y prends garde, plaint quelquefois et accueilli par faveur, rebuté presque dartout, tu arriveras aux conlins de la civilisation, où la bar-

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