‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 78 sur 152 · CÏIAP. V. - LA VIE MATÉRIELLE · texte numérisé non relu

CÏIAP. V. - LA VIE MATÉRIELLE

habitants, il semble que chacun mange comme quatre, et que les estomacs bien dispos, sous un ciel pur, se prêtent, autant qu’ils le peuvent, à aider une production trop rapide.

L’abondance et le prix de la viande y sont légendaires ; de fait, elle se donne pour rien à la campagne, et vaudrait à peine davantage en ville, si les bouchers n’étaient pas de si grands artistes et si les impôts ne s’efforçaient pas de lui donner une valeur ; mais ces deux facteurs de renchérissement en ont disposé autrement, et chaque morceau a aujourd’hui son prix. Au grand effroi des ménagères, on a vu des gigots de mouton se vendre jusqu’à vingt sous, et un filet de bœuf valoir jusqu’à trois francs. Ces prix causent scandale, tout renchérit. Les autres denrées règlent naturellement leur cours sur cet aliment de premier ordre; toutes abondent; la petite perdrix, qui estime caille, grosse comme la perdrix rouge, se vend douze à quinze sous la paire, la poule de prairie, grosse comme une poularde, deux francs la paire ; le poisson de mer, qui vient de Montevideo, est abondant à des prix infimes. Quant aux légumes et aux fruits, il est difficile, au premier abord, de déterminer à la seule inspection du marché quels sont ceux de la saison. Quelques abris ou quelques buttages suffisent aux maraîchers pour fournir la ville de primeurs au milieu de l’hiver, en août, mais c’est un métier qui récompense maigrement les efforts ou la science qu’on y pourrait déployer; le soleil est trop prompt à faire oublier les souvenirs des dernières gelées; en quelques jours, il fait sortir de terre et mûrir les premières asperges, les artichauts et les fraises; les primeurs perdent déjà leur prix que le printemps est encore loin.

Avec lui, dès septembre, l’abondance dépasse vite toutes les prévisions et tous les appétits, les meilleurs fruits sont déjà pour rien et se font entre eux une concurrence désordonnée. La consommation a beau se mettre à l’unisson,

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