‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 79 sur 152 · LIVRE II. — LA RUE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA RUE

renoncer même à la viande, dont on est las, ne s’attaquer qu’aux produits de la culture, les marchés restent encombrés.

Les îles du Parana produisent à outrance. Les bras enchevêtrés du delta se couvrent chaque jour de longues yoles, qui rasent l’eau, enfonçant sous le poids de grands paniers qu’elles portent à la gare la plus proche ; des wagons, formant des trains entiers, partent de là pour la ville. La reine du marché est la pêche, il en arrive tous les jours de longs convois, depuis décembre jusqu’à mars, pendant que, des environs, de grandes charrettes apportent leur chargement ; elles ne se vendent pas à la pièce, mais au cent, an mille, à la pelle. L’été passé, les fruits des tropiques, l’orange et la banane viennent encore en abondance du Paraguay et du Brésil.

En somme, ce qui distingue le marché de ce pays, c’est que rien n’y manque, pas même le consommateur. Quand on se rend compte du prix auquel cette production est livrée, on songe qu’il faut vraiment que la nature soit bien prodigue, pour que le producteur trouve ici la compensation de ses efforts, ou que sa vie soit bien peu coûteuse pour qu’il n’ait pas renoncé à l’ambition d’en tirer quelque profit.

L’activité est grande autour de ces étalages; pour peu d’argent, les ménagères emportent un lourd butin. Quant aux cuisinières à gages, quelque lourd que soit ce panier, elles lui impriment une danse plus profitable qu’en aucun lieu du monde ; le bas prix des articles n’existe que pour elles ; elles les frappent d’un impôt personnel qui leur assure de larges profils. Aussi vivent-elles en bourgeoises qui exercent un art, résistent à se ranger dans la domesticité, ont des rentes, un domicile en ville, où elles rentrent le soir, pour en repartir le matin, faire leur marché, et, de là, leur journée chez leurs patrons, en conservant leur liberté, entre les repas.

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