‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 9 sur 152 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

C’est sur la rive des ileuves qu’ont été posées les premières assises de ce travail, ce sont eux qu’il faut remonter.

Ils sont à la fois le premier spectacle qui s’offre au nouveau venu et le théâtre de ses premières tentatives.

Immenses comme des steppes, sans rives qui les dominent et donnent à leurs eaux ce relief pittoresque, charme des vallées et poésie des fleuves, les cours d’eau de cette partie du monde participent des caractères de la région qu’ils traversent. Ce sont moins des fleuves, poursuivant l’éternelle destinée de leurs congénères, que des plaines d’eau, peu pressées de s’écouler à la mer, attardées à charrier lentement les sables qu’elles amènent de loin, déposent et reprennent, se créant à elles-mêmes un obstacle dont la végétation s’empare, qu’elle défend contre les eaux qui semblent ne l’avoir formé que pour se divertir à le détruire.

Leurs lits, les navigateurs ne sont jamais assurés de les connaître, ni de les suivre sans péril. Souvent des îles s’y émiettent et se laissent prendre par le courant pour aller plus loin former des bancs que la sonde dénonce, assises peut-être d’un continent futur, plaine d’eau devenue marais d’où sortira la prairie.

Leurs rives s’étalent au loin, invisibles pour celui qui vient du large, et n’offrent nulle part l’abri qu’il attend d’elles.

Cependant la grande impression que fait l’Océan cesse pour le navigateur quand, — venant de la rive européenne, après une traversée de vingt à trente jours, — il a doublé le cap Sainte-Marie, relief à peine visible, qui indique au nordest l’entrée de l’estuaire de la Plata. Entre ce point, situé par 34° 37' latitude sud, et le cap Saint-Antoine, par 36° 19', que le regard humain chercherait vainement à entrevoir, un

Page 1