‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 85 sur 152 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

LA RUE

no comprend jamais mieux le prix que lorsque l'on voit des hommes vivre sans elle. La table autour de laquelle on s'assied, qui ne peut exister sans être flanquée de sièges, qui est incompatible avec la présence d’un brasier à la fumée âcre, la table sur laquelle une lumière se pose, répandra sur la famille une faible clarté, lui permettra de voir et de se voir, de lire même un jour ! C’est elle qui arrachera le paysan à cette torpeur où l’entretient la fumée de la cuisine, qu'il endure toute l’année, qu’il recherche, parce qu’auprès de ce foyer, il trpuve toujours prêt le maté, qui l’aide à passer de longues heures oisives, engourdit son estomac, soutient ses forces sans les entretenir ni les développer. C’est la table dressée qui comblera le fossé, que la pauvreté de la vie pampéenne a creusé entre l’habitant des villes et celui des campagnes.

A mesure que la vie des peuples se complique, que les divisions sociales s’établissent, les devoirs de l’hospitalité se simplifient. La première auberge qui se crée lui porte un coup fatal. Le passant, là où l’auberge existe, ne saurait frapper à la porte de l’inconnu, et recevoir de lui ce qu’il peut se procurer, ailleurs, selon les ressources de sa bourse. Partout où l’auberge manque, c’est un droit pour le passant de se faire ouvrir la première porte qu’il rencontre, et une obligation pour celle-ci de s’ouvrir.

A ce devoir, personne n’a jamais manqué dans la pampa, il est à ce point impérieux, que la loi en a fait une obligation : quiconque voyage avec un troupeau a le droit, à chaque étape, d’exiger des propriétaires, dont il traverse les domaines, le droit de stationnement, qui comprend le droit au pâturage et à l’eau; si la propriété est fermée, il a le

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