‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 87 sur 152 · LIVRE II. — LA RUE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LA RUE

son maître en toute confiance. » C’est là la plus modeste des formules, mais elle ne s’adresse pas à tout le monde; elle a toute la solennité d’un pacte résolu et consenti. Il en est de plus emphatiques, l’Espagnol ne sachant donner le bonjour sans cérémonie; mais la recherche de l’expression n’a pas pour objet de dissimuler la banalité de l’offre, l’offre n’est pas banale, vous pouvez, vous devez môme en user, sous peine de froisser ceux qui vous l’ont faite; si vous êtes étranger, usez-en, vous vous en trouverez bien.

Du jour où la première maison vous est ouverte, vous avez, dans la ville, un répondant : étranger la veille, vous vous élevez au rang de personne connue. Ce n’est pas un titre sans valeur, — tous ceux qui sont tombés inconnus, sans relations aucunes, dans une ville étrangère, le comprendront. — Il a une importance spéciale dans ce milieu démocratique, où personne n’a de rang que celui qu’il acquiert et conserve, où la fortune des pères, la condition sociale qu’ils occupent, l’ancienneté des familles, n’assurent aux fils d’autre profit que celui d’être comptés parmi les personnes connues. C’est une sorte de patriciat. Un inconnu, un nouvel arrivé, c’est un peu moins que rien : reslez-le le moins possible. Si vous n’avez aucun lien avec personne, tâchez de vous créer ceux du voisinage.

Les relations qui naissent du voisinage, la solidarité d’intérêts dont il est l’origine, et l’utilité de ces relations et de cette solidarité disparaissent dans les grandes villes d’Europe; elles ont, ici encore, conservé leur importance. C’est une vieille tradition coloniale, qui date de l’époque où Buenos-Aires était un village. Dans la ville agrandie, elle s’est perpétuée, la disposition des rues eL des maisons l’explique. Toutes les portes ouvrant sur une rue étroite, celle-ci devient une sorte de cour commune rarement troublée, dans les quartiers éloignés, par

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