LA FEMME ARGENTINE
Voycz-la, en effet, quand ces artifices ont fait leur œuvre, qu’elle a découvert et retenu le fiancé de son choix, que la cérémonie est faite, et qu’elle est devenue, de fille aimable et gaie, la gardienne d’un foyer qu’il lui appartient d’orner et aussi de peupler. Le spectacle change, non pas du jour au lendemain, mais graduellement; transformation qui dure à peine six mois et ne dépasse pas un an.
On la voit, quelque temps encore, choyée, fêtée, presque jeune fille; mais, peu à peu, dans les délais de rigueur, les signes extérieurs de la maternité prochaine décident de sa vie nouvelle de re lusc,qui durera plus de dix ans, qui durera toujours. Elle est mère et va continuera l’être, chaque année ; elle n’appartient plus au monde. Aussi, dans les réunions, où les jeunes filles sont très nombreuses, rencontre-t-on peu de femmes et, toutes sérieuses, la maternité les absorbe toutes; elles en gardent pour elles toutes les charges; l’échelle des âges leur fournit des labeurs variés.
Les années passent pour la jeune mère dans cette retraite, peuplée par elle; ses qualités s'y développent. Elle essaie d’apprendre tout ce que, jeune, elle a négligé d’étudier, incitée qu’elle est à pouvoir l’enseigner aux siens. Elle désapprend la science des artifices trompeurs de la toilette. Le riche développement de sa beauté naturelle, ses allures de jeune matrone, de grand-mère de trente-cinq ans, suffisent à la rendre plus séduisante à mesure qu’elle cherche moins à l’être. Toute jeune encore, elle revit déjà dans l’éclat de ses filles et la virilité de ses fils.
Le respect que cette société démocratique mesure avec parcimonie à tout ce qui occupe un rang, elle semble le reporter tout entier sur la femme. Elle en reçoit de ses fils plus de marques que le père. Celui-ci ne représente que le principe d autorité dans la famille, réduction delà société, d’où ce principe est banni par la constitution politique et les mœurs ; elle,