C H A P. IV. — OUVRIERS, ARTISANS ET TRAVAILLEURS T
grès considérable, une avancée intéressante de la civilisation; elle vaut mieux, elle a une influence meilleure, sur la marche du pays et sur la société, que n'en aurait la création de grands ateliers, qui n’offrirait d’autre avantage que d’être mathématiquement plus féconds.
L’esprit d’invention s’aiguise chez tous ces petits patrons, travaillant pour eux, dans l’isolement. Qu’ils le veuillent ou non, ils sont poussés par la nécessité de se suffire à euxmêmes dans l’étude de métiers, de procédés,, qu’ils eussent toujours ignorés, en restant dans la spécialité où leur apprentissage les avait confinés. Il leur faut suppléer à ce que l’aide d'autrui ne leur donne pas, devenir ingénieux, inventifs, acquérir une habileté demain et de combinaison qui leur permette de deviner les secrets de tous les métiers, et de remplacer, vaille que vaille, tous les spécialistes. La société a tout profit à voir se multiplier les hommes, dont la valeur intrinsèque acquiert, par l’effort intellectuel, son maximum.
Elle en trouve un autre à voir augmenter en nombre les hommes qui ne dépendent que d’eux-mêmes et de leurs propres efforts, diminuer ceux qui dépendant d’autrui, consacrent leur vie machinale, leurs efforts mécaniques et passifs à édifier la fortune de quelques patrons, à créer, à côté de la féodalité territoriale, une féodalité industrielle, prête à absorber, à son profit, toutes les forces actives, toute l’initiative individuelle de l’émigration.
L’existence de grands ateliers n’aurait, pour celle-ci, qu’un grand avantage, ce serait d’ouvrir leurs portes à l’embauchage facile de tous les travailleurs, prêts à prendre place devant une forge ou un établi et dont les forces s’offriraient. Ils lui éviteraient ainsi les difficultés du début, qui, il ne faut pas se le dissimuler, sont plus grandes pour le nouveau débarqué, s’il faut qu’il demande, à sa propre initiative, les premières ressources de sa vie matérielle.
Cet avantage, les petits ateliers l’offrent moins largement,
mais plus sûrement, que les grands ; ajoutons que ce qui fait précisément la valeur d’un immigrant, ce sont les difficultés qu'il rencontre dans le pays où il arrive, que la nécessité de vivre l’oblige à vaincre; il en sort grandi, il acquiert, dans ce premier effort, toutes ses facultés de résistance qui constituent sa grande et sa première supériorité, non seulement sur la race créole, mais encore sur ses congénères restés au pays.
C’est de ces groupes éprouvés que sortiront ceux qui sont appelés à faire foçtune en Amérique.