LES TERRES VIERGES ET LES GRANDS TROUPEAUX DE BŒUFS
La concurrence des terres vierges. — Leur étendue et leur valeur daus l'hémisphère sud. — Influence de la découverte au xvic siècle; conséquences du peuplement au xix°. — Modes de colonisation. — Rôle de l’homme, rôle du bétail. — Premiers chevaux dans la painpa; troupeaux actuels. — Diverses zones d’élevage. — Fermes et étables. — Grands domaines clos. — Estancias ouvertes. — Légendes européennes sur l'élevage libre. — Erreurs des aventuriers. — La terre vierge partout cadastrée.
— Grands propriétaires et éleveurs. — Grandes étables de reproduction.
— La vie de la plaine. — Elevage d'autrefois. — Elevage d’aujourd’hui. — Visite à une grande estancia. — Situation. — Clôtures. — Divisions. — Aspect général. — Mœurs du bétail en liberté. — Les taureaux.— La mort. — Soins particuliers. — Race Durham. — Race Hereford.
— Le cuir. — Les laitières. — Une fromagerie. — Le senuelo. — Le rodeo. — La marque. — L’exode dans les terres nouvelles. — Le voyage
— La vie du désert. — L’arpenteur pampéen. — Le fortin. — Le pulpero
— Les ossements. — Le chiffonnier de la plaine. — Le chasseur d’autruches. — L’incendie de la plaine. — Personnel. — Gauchos et capataces. — Influence de l’élevage et de l’achat de la terre sur l’accroissement des fortunes.
De toutes les concurrences que les pays d’Amérique font à l’Europe, celle qui les résume toutes est celle de la terre, à bon marché, disponible, accessible à tous dans sa virginité. Parmi ces pays, la République Argentine, pays de plaines, situé dans la zone tempérée, tient en ce moment le premier rang, depuis que les Etats-Unis, trop peuplés, ne peuvent plus offrir au colon de terres vierges qu’à cinq ou six jours de voyage en chemin de fer de la côte de l’Atlantique.
Que l’on examine un instant un planisphère, on se rendra un compte exact de l’importance de ce pays dans la marche du monde économique.
L’hémisphère nord et l’hémisphère sud, séparés par la ligne
Intérieur de steamer de rivière. (Voir page
CI1AI*. Jl. — LES TERRES VIERGES
idéale de l’équateur, subissent des saisons et des climats identiques, que l’on peut classer dans quatre zones : zone torride, chaude tempérée et glaciale. Ce n’est pas par hasard que la population s’est répandue et développée dans l'hémisphère nord, prenant à peine souci de l’hémisphère sud. Si la civilisation, née sur les plateaux de l’Asie, a émigré, peu à peu, vers l’Occident de l’Europe, pour, delà, atteindre, dans les temps modernes l’Occident transocéanique du nouveau monde, c’est qu’elle trouvait devant elle des terres immenses, se déroulant, dans la zone d’élection, qui comprend le centre de l’Europe, celui de l’Asie et la région où la République des Etats-Unis occupe un sol, suffisant à ses cinquante millions d’habitants actuels, aux deux cents millions qu’elle aura dans un siècle.
L’hémisphère sud, au contraire, n’a pas été aussi richement doté de terres habitables. Le cont inent sud-américain, l’Afrique et l’Australie développent, sous la zone torride, leurs surfaces les plus importantes, tous trois s’amincissent brusquement, en entrant dans les zones chaudes ou tempérées. Des immensités des mers du Sud émergent les territoires du Cap de Bonne- Espérance, de l’Australie du Sud, de la Nouvelle-Zélande, du Chili et de la République Argentine. C’est à peine si tous réunis équivalent au territoire de l’Europe. Par compensation, l’Océan, qui les baigne, y entretenant la température privilégiée des climats maritimes, les dispose à recevoir et à enrichir une population relativement nombreuse, pour qui, en tous les cas, la vie sera plus facile, le labeur plus lucratif.
Dans l’Amérique du Sud, la plaine seule, tout entière disposée pour l'élevage, facile à préparer pour l’agriculture jouissant des avantages climatologiques que l’on a indiqués, couvre quatre millions de kilomètres carrés, dont plus des trois quarts appartiennent à la République Argentine, e reste à celle de l'Uruguay et à la Province brésilienne de Rio Grande do Sul.
T. II
Ce sont ces terres seules qui avec celles de l’Australie, font à l’Europe la grande concurrence qui la préoccupe. Il se passe là un fait qui n'a de précédent dans l’histoire, qu’à la fin du xv° siècle, alors que les découvertes des navigateurs ouvraient les surfaces inconnues des continents nouveaux. Pendant une période de cinquante ans, les hommes de ce temps, servis par des moyens d’action enfantins, au regard de ceux que nous possédons aujourd’hui, mais soutenus par des ambitions, que les faits justifiaient, découvraient, chaque jour, des côtes nouvelles, en devinaient les contours, les dessinaient sans compas, avec une exactitude telle que l’Amérique, noyée au fond des eaux, pour les géographes antérieurs au xv° siècle, émerge aux yeux de ceux du xviü, avec les contours gracieux et allongés, qu'elle a conservés pour nous après quatre siècles d’études et d’explorations.
Depuis, l’humanité lassée, s’est reposée de ce grand effort. Elle semble n’avoir entrevu l’intérieur des continents que pour se déclarer incapable de les posséder, plus encore de les peupler. De fait, elle avait assez affaire à recueillir les richesses accumulées par la nature et par les peuples préhistoriques, et semble avoir eu plus de hâte de détruire la population que de la renouveler.
Cette œuvre préparée par le xixc siècle, sera celle du vingtième.
Notre époque a assez fait en créant les moyens d’action, en multipliant les forces humaines et celles de la nature par des moyens nouveaux. Les continents rapprochés se sont trouvés ouverts, plus tôt et plus vite qu’on ne l’avait calculé ; l’étonnement dans le vieux monde est, aujourd’hui, aussi grand qu’il l’était, il y a quatre siècles, au retour de chaque expédition, rapportant des découvertes nouvelles.
Si les efforts sont nouveaux, les résultats sont plus importants encore qu’au xvic siècle ; ils sont, à beaucoup de points, similaires. Alors, la découverte de l’Amérique en jetant