‹ La vie et les mœurs à la PlataChapitre 17 sur 69 · C II A P. II. — LES TERRES VIERGES · texte numérisé non relu

C II A P. II. — LES TERRES VIERGES

dans le vieux monde, des quantités de métaux précieux, plus considérables que celles dont il avait disposé, eut pour premier effet de renchérir, en Europe, tous les objets de consommation. L’abondance excessive d’or et d’argent, en diminuant la valeur relative de ces instruments d’échange, augmenta celle des objets qu’ils étaient destinés à payer ; la vie sociale s’élargit, l’industrie et le commerce européens y trouvèrent momentanément leur compte ; les laborieux, devenus facilement aisés, les grands seigneurs, rapidement enrichis, recherchaient tous les luxes ; le prix de la terre s’éleva, ainsi que celui du travail; de tout ce mouvement, qui avait son origine dans les réserves d’or du pays des Incas, dans celui des Toltèques, et dans les mines de Potosi, sortit cette renaissance artistique et géniale qui a donné son nom à l’ère nouvelle qui créa la découverte de l’Amérique, et, par elle, l’enrichissement de l’Europe occidentale.

L’Espagne, en particulier, ne conserve de ses grandeurs passées que ses riches collections d’art, qui placent, au-dessus de tous les autres, le Musée du Prado, où elle a pu réunir, à prix d’or, à la grande époque de son histoire, qui fut aussi celle de l’art en Europe, plus d’œuvres de premier ordre, espagnoles, italiennes et flamandes, qu’aucun des autres pays qui pouvaient rivaliser avec elle ; si sa décadence fut prompte, c’est que les moyens manquaient, pour tirer du sol de l’Amérique, autre chose que les métaux précieux dont l’extraction ne coûtait que la vie à des milliers d'iudigènes américains, quantité négligée!

Le notre temps, il y a à peine quarante ans, nous avons vu se produire un fait semblable ; les résultats seuls en ont été différents.

Remontons à 1850 Le monde est ému du bruit que font, à la même heure, deux événements similaires, la découverte des champs d’or de Californie et de ceux d’Australie. Aux deux extrémités opposées de l’hémisphère nord et de

l’hémisphère sud, le même fait se produit. L’invasion de quantités d’or, nouvelles et considérables, qui dépassent plusieurs, milliards, en peu d’années, celle postérieure de torrents d’argent, descendus des montagnes chiliennes de Caracoles et des montagnes rocheuses du Sacramento, ont, pour premier effet, de mettre, à la disposition de l'industrie créatrice, les capitaux, dont elle a besoin pour refaire, augmenter, perfectionner son outillage et appliquer les inventions nouvelles, qui se multiplient et se succèdent.

Ce mouvement a eu son époque la plus florissante de 1830 à 1860. En France, où l’on aime à faire remonter aux hommes et aux institutions, qui nous gouvernent, l’origine de nos maux et de nos joies, on attribua à la paix politique, au silence des partis, qui caractérisait les premières années de l’Empire, la source des immenses profits que réalisaient le commerce et l’industrie, des hauts prix qu’obtenait la terre, des bénéfices que faisait l’agriculture, des progrès rapides des sociétés financières, qui créaient nos réseaux de chemins de fer et nos premières grandes lignes de navigation.

L’origine de toutes nos richesses était ailleurs, elle était comme au xvie siècle, dans les sables aurifères et les filons de métaux précieux, qui créaient et alimentaient, brusquement, une circulation, d’une activité inconnue depuis la Renaissance.

Les différences sont nombreuses dans les résultats. Au xvi° siècle, l’aristocratie, qui gouvernait, s’en est tenue à l’enrichissement spontané, par cela même fictif. Notre démocratie, qui a d’autres aspirations et, au-dessus de tout, celle de produire et de multiplier les productions, a envahi le champ d’opérations, elle a mis à profit les moyens de rapprochement et d’exploitation que l’industrie venait de créer. Donnant sa véritable interprétation à la loi malthusienne, que la légende a faussée et qui se borne à cet axiome : « Là où naît un pain, il y a place pour un homme de plus, » elle

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