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LES TERRES VIERGES

sortes d’oasis, un pâturage moins rude que celui qu’il rencontre ailleurs, un point où il puisera ou reprendra ses forces pour entreprendre, à l’entour, son œuvre de fécondation, et conquérir le sol, qui, sans lui, resterait stérile, comme il l'est, depuis des siècles, dans le silence de la nature.

Dans quelques contrées, cette œuvre de colonisation a été entreprise, avant l’arrivée de l’homme moderne, par des troupeaux d’animaux non domestiqués. Au nord de l’Amérique, avant la conquête, le buffle remplissait cet office ; tout en le faisant d’une façon insuffisante, il n’en traçait pas moins, depuis les temps historiques les plus reculés, la voie à son congénère domestique, le bœuf.

Dans l’immense bassin delà Plata, l’œuvre décolonisation est partie de la rive des grands fleuves qui le forment. Elle n’a trouvé que peu d’affluents à remonter et a dû s’étendre parallèlement au cours du Parana et de l’Uruguay. Conduite par le hasard, souvent retardée par des circonstances locales, la résistance de l’indigène, les troubles politiques, les guerres internationales, elle a pris, depuis vingt ans, une activité nouvelle et est entrée dans la dernière période qui ne demandera pas moins d’un siècle pour donner tous ses résultats, tout on en fournissant chaque jour de considérables.

Pas plus aujourd’hui que dans les siècles précédents, l’élevage du gros bétail n’a été, dans la pampa, une industrie lucrative en elle-même; c’est une œuvre civilisatrice, à profits lointains, qui porte en soi cette sorte de bénéfice d’épargne qui consiste dans la plus-value du sol occupé. L’éleveur des siècles passés n’a pas fait autre chose que tracer la voie à celui du siècle actuel, abandonnant, à mesure qu’il les a con-

quises, les terres, qu’il cède à l’éleveur du petit bétail, que celui-ci transmet à l’agriculture. C’est ainsi que l’on a procédé en Hongrie, dans la petite Russie, dans les steppes caucasiens, dans les plaines du Texas, de l’Arizona, du Nouveau Mexique, enfin dans le bush australien, en même temps que dans la pampa.

Pénétrons, avec le pasteur, dans cette région. Nous sommes en 1535. Pour la première fois, les Espagnols ont pris pied, avec des intentions colonisatrices caractérisées, sur la rive de l’estuaire de la Plata. Deux mille hommes et cinq cents chevaux ont traversé l’Atlantique, et, après un long voyage de plus de cent jours, abordent- aux rives inconnues où est aujourd’hui Buenos-Aires.

Un an après, épuisés de luttes contre l’Indien et de privations de tous genres, il leur faut renoncer à leur entreprise. En vaincu, Mendoza embarque ce qui lui reste d’hommes sur des caravelles, pour rallier les établissements espagnols, plus heureux, fondés dans le haut des fleuves.

Pendant cette année, passée là, l’Indien a fait connaissance avec les chevaux qu’il voyait pour la première fois, il s’est vite familiarisé avec eux, s’est emparé de ceux qui s’écartaient. Il en a recueilli, ainsi, trente, peut-être cinquante. A peine soignés, ces animaux ont vécu cependant et pris possession de ce sol, que jamais le pied d’un animal de leur poids n'avait foulé.

C’est, ainsi que commence l’œuvre de peuplement et de multiplication. Ils se développent à ce point dans l’état de liberté où ils vivent, que cinquante ans plus tard, lorsque les Espagnols songent à relever les ruines de leur colonie abandonnée, il n’y a pas moins de cinquante mille chevaux répandus dans la plaine, chiffre qui peut paraître, au premier abord excessif, et dont un calcul, facile à faire, démontre l’exactitude, en prenant les données, que nous fournit la multiplication actuelle des mêmes animaux au même lieu.

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