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Indiens pouvaient exercer tous les genres de rapine, à ciel ouvert, exploiter, à leur profit, les troupeaux, à peu près res nullius, sans que personne en prît souci, et que la légende des immenses troupeaux de bœufs sauvages , à multiplication spontanée, prenait son vol pour les pays d’Europe, où elle a fait et fait encore une jolie fortune.
Alors, quand un navire d’outre-mer, en charge dans le port, demandait quelques milliers de cuirs, pour remplir ses cales, on donnait la chasse aux troupeaux abandonnés, et leur propriétaire en tirait quelques piastres, fort peu nombreuses, le cuir ne valant guère plus de 6 reaux d’Espagne. Ces chasses, où l’on ne recherchait que la dépouille des bêtes abattues n’étaient même pas toujours entreprises pour le compte des propriétaires; l'Etat s’arrogeait le droit de permettre, à qui demandait permission, de puiser dans ce trésor inutile.
Après un siècle de fortunes diverses, pendant lequel l’élevage du gros bétail a été, à certaines heures, très compromis, où, à d’autres, il a été très vanté, nous arriverons, peu à peu, dans les dernières années de ce siècle, pour des raisons nouvelles, créées à la suite de circonstances récentes, à une surabondance de production, qui nous ramènera bien près du dédain, avec lequel on traitait le grand élevage, il y a cent ans.
Si l’on juge, en effet, de l’avenir prochain de l’élevage par ce qu’il est depuis dix ans, on peut prédire qu’à l’aurore du xxc siècle, les grandes plaines de l’Amérique du Sud nourriront, peut-être, cent millions de bêtes à cornes, qui n’auront d'autre mission que de fouler le sol, de l’engraisser, au profit de générations futures d’agriculteurs, descendants éloignés et inconnus des propriétaires actuels.
Comparons ce qu’était cet élevage, il y a dix ans, à ce qu’il est aujourd'hui.
A cette époque, la République Argentine semblait avoir renoncé, depuis un quart de siècle, à refouler l’Indien. Le territoire, qu’occupait la civilisation, dans la pampa, était des plus étroits; occupé depuis longtemps, sans avancées nouvelles, il offrait au mouton des surfaces colonisables ; le bœuf, refoulé par ce bétail, plus exigeant, mais d’un rapport annuel sûr et considérable, n’avait plus, devant lui, de nouveaux espaces : la frontière semblait s’immobiliser, là où on l’avait fixée, vers 1857. Les statistiques accusaient, après l’épizootie de 1874, une diminution, inquiétante pour l’avenir, de cet élevage, c’est à peine si, alors, on comptait, dans toute la République Argentine, quatre millions de bêtes à cornes, sur une étendue où, à la fin du siècle dernier, on en trouvait vingt millions.
En 1877, a commencé la conquête de la pampa; l’armée nationale, lassée de sa passivité ruineuse, a pris la frontière de la civilisation sur ses épaules, et l’a, d’un vigoureux effort, transportée aux limites même de la République, débarrassant, sur son passage, la pampa tout entière, du sauvage qui la défendait sans l’occuper et sans l’utiliser.
Les choses ont changé,' du tout au tout. Ayant, devant lui l’espace, le bétail en a pris vite possession. Il s’est multiplié, depuis dix ans, dans les terrains vierges, avec une rapidité sans précédents ; l’on peut estimer, à plus de vingt millions, le nombre de bœufs, qui occupent une partie, relativement minime, de la pampa.
Chaque année, déjà, l’accroissement a produit une baisse de prix : l’on en est aujourd’hui à ce point que les débouchés sont engorgés, qu’il n’y a plus de marché pour les grands troupeaux, que, faute d’écouler leur trop-plein , les propriétaires doivent, chaque année, se mettre en quête de nouvelles surfaces, pour y entreprendre au moins cette sorte de culture sauvage, qui est le seul emploi de ce bétail, suppléant au manque de bras et à l’insuffisance des capitaux.
En Australie, où, si les bras ne sont pas plus abondants,