‹ La vie et les mœurs à la PlataChapitre 29 sur 69 · livre vu · texte numérisé non relu

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cashire, la région où le colon arrive par millions de ballots, subit toutes les transformations de filage, de tissage, d’impression, alimente quatre mille fabriques et donne lieu à un mouvement d’affaires annuel de neuf milliards de francs; dans le Yorkshire, il trouvera un mouvement égal, produit autour des ballots de laine, transformée, elle aussi, par trois mille autres fabriques.

Quelle est la raison du développement de ces industries dans ce lieu et non pas dans d’autres? La région où elles se sont créées ne produit même pas de laine ; les premières que les broches et les métiers aient tissées venaient d’Espagne et d’Allemagne; l’Australie, aujourd’hui, les fournit toutes, et cette importation s’élève à trois cents millions de kilos. La cause première de ces créations n’est pas davantage dans le sous-sol : il faut amener de loin le fer et le charbon. Elle est ailleurs, elle est dans l’activité productrice des pays d’outremer que l’Angleterre n’a cessé de fomenter, que sa marine a toujours sollicitée et exploitée, travaillant, ainsi, à enrichir ses ouvriers, ses propriétaires et son commerce, à multiplier ses capitaux, à augmenter sa population, à déterminer l’extraction des richesses de son sous-sol. Réduite aux troupeaux et aux cultures indigènes qui constituaient, il y a un siècle encore, la plus importante de ses richesses, la nation anglaise eût végété dans les limites étroites d’une évolution sans avenir. Manchester, qui a six cent mille habitants, en avait six mille en 1780, ainsi Liverpool, Leeds etBradford; la population de ces villes augmenta à mesure quelles fournirent une émigration plus considérable à l’Amérique, à l’extrême Orient et à l’Australie. L’Angleterre eût ignoré les fortunes colossales, qu’elle doit à l’importation du coton et des laines exotiques, si elle se fût préoccupée de protéger ses agriculteurs au lieu de les forcer à céder leurs prairies, leurs landes, leurs marais aux constructeurs de villes, d’usines et de voies ferrées. De même, en France, Rouen, Roubaix,

Tourcoing, pour ne citer que les centres industriels les plus importants entre ceux qui doivent leur développement aux importations de matière première, seraient restées de tristes bourgades sans l’importation, chaque année, plus considérable, des laines et des cotons exotiques.

L’Australie et la Plata sont, aujourd’hui, les seuls pays fournissant, à l’industrie européenne, la laine qui lui manque. Un fait récent nous permet de fixer avec précision leur situation respective. En 1883, un groupe d’éleveurs australiens, curieux de se rendre compte de la condition des éleveurs de la Plata, visita en détail les grands domaines pampéens de la République Argentine et de l’Uruguay, ceux où de grands propriétaires ont réalisé les progrès les plus considérables, et ceux aussi où l’élevage se fait encore de la façon la plus primitive. De retour à Sydney, ils publièrent leurs impressions, que nous pouvons résumer ainsi : l’éleveur australien n’a rien à apprendre dans les pays de la Plata, mais il a tout à y entreprendre ; il y trouvera, pour son activité et ses capitaux, un champ vaste à exploiter, un climat préférable à celui du continent australien, qui n’a rien à envier à la Nouvelle- Zélande, de la terre à bas prix, facilement exploitable, des bénéfices certains.

Au même moment, le Gouvernement argentin envoyait eu mission, en Australie, un éleveur ; celui-ci en rapportait cette impression, qu’il publiait en l’entourant de périphrases, destinées à sauver, au moins, l’amour-propre bien susceptible de ses compatriotes : « En Australie, l’éleveur pampéen a beaucoup à apprendre et rien à entreprendre ».

C’était la première fois, peut-être, que ces deux pays d’industries similaires, les plus riches de l’hémisphère Sud, situés sous la même latitude, s’occupaient l’un de l’autre, s’étudiaient réciproquement. Entre eux, les points de contact manquent, parce que tous deux, vivant en satellites du continent européen, reçoivent de celui-ci les éléments de leur

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