CHAP. V
les moutons créoles. Il échoua; sa ruine fut complète, et sa fin des plus tristes. C’était vraiment prêcher dans le désert, qu'appeler les pasteurs primitifs d’alors à prendre leur part de sacrifices de temps et d’argent, qu’ils considéraient fort mal employés, à recueillir ce menu fretin, ne donnant, en retour de soins attentifs, qu’un produit dont personne n’entrevoyait l’emploi.
Ce produit, la laine, il eût fallu, pour l’obtenir choisir, dans la campagne, les meilleures sites, y réunir en troupeaux le? brebis égarées, les y retenir. On le fera le jour où ce produit trouvera acheteur ; jusque-là, à quoi bon? Cet acheteur ne se présenta pour la première fois qu’en 1842. On comptait alors, répartis entre quelques propriétaires, environ deux millions de moutons, épurés par une sélection, poursuivie à travers deux cent cinquante générations. Ils n’avaient jamais donné à leurs propriétaires d’autre profit que la joie d’offrir à leurs hôtes de passage un agneau gras, et quelques peaux pour en faire un lit. On en cite qui, fatigués d’offrir à des amis qui les refusaient le don de quelques milliers de moutons, inutiles etencombrants, se décidaient à les vendre au briquelier voisin pour, de leur chair, alimenter son four.
Quelques années encore, tous ces souvenirs disparaissent comme par enchantement, sont même oubliés jusqu’à être traités de contes invraisemblables par la génération qui suit. 11 a suffi, pour cela, de l’effort de quelques hommes entreprenants, de leurs conseils et de leur exemple.
Pendant les dix premières années de cette évolution, la laine ne vaut guère plus que les cinq centimes que l’on paye encore pour la livre ; les moutons d’Andalousie, devenus créoles et dégénérés, donnent un produit de sauvageon. De 1850 à 1868, le progrès est continu: chaque aunée, les registres de douane relèvent un accroissement dans l’exportation, les voiliers d’autrefois deviennent insuffisants, les vapeurs les remplacent, le nombre en augmente à mesure