LIVRE VII
permission de le faire; même si vous êtes accompagné du majordome, celui-ci, supérieur direct des métayers, se conformera à cet usage.
Après un galop de quelques minutes, le pnesto est devant vous; l’aspect en est triste, toujours le même, à quelques détails près. C’est partout le même parc, la même construction, le même cheval étique, attaché au même pieu, les mêmes peaux de moutons étendues et séchant au soleil, autour desquelles les éperviers s’agitent en poussant de petits cris aigus, qui témoignent de leur joie ou de leur inquiétude; chargés de l’hygiène du lieu, ils utililisent tous les débris de chair putrescible, nettoient les carcasses des animaux morts. Du plus loin qu’ils vous ont vu, une bande de vanneaux armés vous a servi d’escorte et d’avant-garde, annonçant à tous les habitants votre arrivée : le berger est donc sur sa porte.
■ Avant qu’il ait paru, quelques détails spéciaux, vous ont révélé, du premier coup d’œil, son caractère et sa nationalité. Un semis de pastèques et de citrouilles vous indique que le maître est créole; un cheval de course, attaché à l’ombre, le nez dans une musette, que c’est un gaucho, joueur et peu soigneux, dépensant son avoir en paris de course et en beaux atours; un jardin fermé, divisé, planté de quelques arbres, semé de luzerne et de maïs, vous révèlent un étranger soucieux de son bien-être, et un troupeau soigné; la maison, sans être luxueuse, a meilleur aspect que les autres, la cuisine est à l’écart. C’est là, le plus souvent, que l’on est reçu, autour du foyer toujours allumé, au milieu de la pièce. Rien de triste comme la vie que cette pauvreté comporte. On est surpris de voir des hommes, venus de loin, y oublier le bruit de leurs villages et s’y plaire, prendre goût à cette contemplation, à cette solitude oisive. Beaucoup en rompent lamonotomie en poussant leur cheval chaque soir et quand la nuit est tombée et le troupeau rentré, vers la pulperia , l’assommoir pampéen.