CIIAP. I. — LES GRANDES CULTURES DE CÉRÉALES
trouvera-t-on quelque intérêt à surprendre celui-ci, au moment où il vient d’entrer en lice, à pénétrer dans cette région de culture, où des paysans, en majeure partie Français, ou Suisses Français, venus le plus souvent sans ressources, se sont taillé, dans la plaine pampéenne, des domaines, aux proportions moins vastes que ceux de leurs congénères des Etats- Unis, mais où ils vivent et travaillent en propriétaires aisés.
La légende raconte qu’en l’an 1576, lorsque Juan de Garay, avant de songer à reprendre, au lieu où est aujourd’hui Buenos-Aires, l’œuvre manquée de Mendoza, fonda la ville de Santa-Fé, sur les rives du Parana, quelques grains de blé, égarés dans la provision de riz, furent recueillis et semés, par un de ses compagnons, sur cette terre d’alluvions préhistoriques, où toute culture avait été jusque-là inconnue. Ilumboldt prétend que cette aventure s’est produite à Mexico, que les grains de blé étaient au nombre de trois, et qu’ils furent sauvés par un nègre. Il nous semble avoir lu ailleurs que c’est à Quito, que ce fait fut noté, que les grains de blé y furent recueillis par un moine franciscain, natif de Gand, au service de l’Espagne, dont l’histoire a gardé le nom : Fray Jodocco Ricci de Gante.
On serait tenté de ne voir, dans ces récits différents de la même aventure qu’une preuve multiple de l’indifférence des chefs d’expédition du xvi° siècle pour toute préoccupation agricole. Tout bon Américain y voit autre chose : avide qu’il est, toujours, de démontrer qu’il ne doit rien qu’à son esprit ingénieux, il retient la légende et la défend si bien, qu’il n’est aujourd’hui douteux, pour personne, sur ce continent, que ces quelques grains de blé, qu’ils aient été sauvés par un nègre, par un matelot espagnol ou par un franciscain de Gand, sont