I. II
la république, conservant, chacune chez elle, les mœurs, les usages des pays respectifs, qui avaient fourni leurs premiers habitants.
Ce système de cantonnement des agriculteurs dans certaines régions, qui ne sont ni plus favorables ni moins que les autres, n’était pas prémédité. Le premier groupe qui s’établit, sur la rive du Parana, devait servir de modèle, sa destinée a été de devenir, en même temps, un foyer de rayonnement, autour duquel se sont groupées soixante colonies semblables, taillées sur le même patron : villages sans clocher , sans agglomération centrale, composés de fermes, échelonnées régulièrement, le long d’avenues interminables et droites, de cinquante à soixante mètres de large, au milieu de cultures divisées en carrés de vingt-cinq hectares.
Au début, ces colonies ont été fondées par les gouvernements de Provinces, suivant l’exemple donné par le général Urquiza; elles le sont aujourd’hui par de grands propriétaires qui profitent de la force acquise, sans prendre, le plus souvent, d’autre peine que celle de diviser leurs domaines en carrés d’égales dimensions, de les numéroter, et de les offrir en vente à des prix beaucoup plus élevés que ceux qu’ils obtiendraient pour l’ensemble.
Les années de début furent pénibles ; le succès se fit longtemps attendre aux premiers qui tentèrent cette appropriation nouvelle du sol. Cette période de combat se prolongea de 1854 à 1870.
Les difficultés à vaincre étaient nombreuses. Il semble fort simple, au premier abord, de trouver, dans les campagnes d’Europe, de nombreux cultivateurs peu satisfaits de leur sort ou tourmentés d’ambitions vagues, de les embarquer à destination d’un pays sain, de les y installer dans une plaine fertile, qui n’exige, pour être mise en culture, aucun travail préparatoire, aucun défrichement, où pas une herbe n’arrête l’effort de la charrue, où le sol d’alluvions est, depuis trois