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CIIAE. I. — LES GRANDES CULTURES DE CÉRÉALES

mier kilomètre de voie ferrée n’était pas construit, dans cette province qui en possédait seulement G07 en 1885 et 1362 déjà en 1880; en 1889 elle atteindra près de 2,000. Ce n’est pas sans raison que tous ceux qui assistent à cette conquête ardente du sol de cette Province, hommes d’État, publicistes, statisticiens, se sont pris de passion pour ces groupes étrangers de producteurs, qui font sortir du sol leur fortune et celle, autour d’eux, de nombreuses entreprises commerciales, industrielles, de transport ou de banque qu’ils enrichissent vite.

Il nous souvient d’avoir entendu un des hommes d’Etat les plus considérables de celte République, embellir un discours de ce dithyrambe : « Si, disait-il, la lune possède des astronomes, ils ont dû être surpris de constater que cette partie de la terre, sur laquelle ils n’ont pas manqué de diriger leurs télescopes, avait changé de couleur et pris celle de l’or que lui donnent les épis mûrs ! »

Il n’est pas un colon qui n’ait applaudi ces paroles de l’exprésident de la République, M. Sarmiento. Comment y verraient-ils une exagération, ceux quionttant de raisons de tirer vanité, en même temps que profit, d’un progrès qui est l’œuvre exclusive de leurs efforts individuel s? Ils sont heureux et avec raison de voir les premiers d’entre les Argentins trouver à recueillir quelque gloire dans des créations, dues tout entières à des étrangers: nous avons, pour notre part, quelque salisfaction à constater que, dans cette région, prédominent les mœurs, les usages de notre pays, en même temps que la langue générale y est la langue française.

Nous sommes ici, en effet, dans un pays européen, transplanté de toutes pièces, sur la terre d’Amérique; on dirait une province de France, située sur une frontière où les

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langues des pays voisins, quelques-uns de leurs usages ont pénétré, où la religion protestante se môle à la calholique; c’est à peine si, par quelque côté, les mœurs locales et la loi du pays font sentir leur présence.

Dans ces plaines où les habitations se perdent, au milieu des cultures, où rarement on en trouve plusieurs, groupées ensemble, la vie de famille individualisée est le prototype social, établi sans parti pris, par une sorte de nécessité de milieu. C’est là une conséquence naturelle de la division uniforme de la terre, en exploitations rurales, de même destination et même étendue, toutes généralement de cent hectares, comprenant quatre concessions, établissant des distances égales entre chaque famille de colons.

Sur environ cent colonies, on ne compte guère de villages. Celui d’Esperanza est à peu près le seul. Aussi sert-il de lieu de réunion, de marché général où l’on vient de loin, où, le dimanche, carrioles, breaks et voitures de tous genres, amènent des colons, ayant quelque affaire à traiter, le besoin de se renseigner, ou seulement de se rappeler qu’ils sont hommes et faits pour vivre en société, ne fût-ce qu’un jour par semaine.

A part cette exception, la vie se concentre dans les concessions, qui s’échelonnent le long des avenues, dont nous avons parlé, d’une largeur, partout égale, de cinquante à soixante mètres, uniformément bordées d’inévitables peupliers en rangs serrés.

Au milieu des champs de blés mûrs, les maisons émergent à peine; c’est à peu près la vie solitaire du pasteur, avec le travail en plus, la culture d'un jardin, la présence d’animaux de ferme et de basse-cour.

On ne saurait dire, pourtant, que toutes les colonies n’en font qu’une, ou que toutes se confondent entre elles; elles ont, au contraire, leurs physionomies distinctes. Dans chacune existe un lien de famille, une communauté d’origine ou d’intérêts.

La chule de 1 Iguazu. (Voir page 580.)

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