OUVRIERS, ARTISANS ET TRAVAILLEURS
La fortuueeu Amérique. — Oncles d’Amérique. — Le travail et les travailleurs dans une société démocraiique. — L’industrie naissante. — La petite industrie. — Ouvriers et artisans. — Petits aleliers. — L’outillage financier. — Outillage industriel. — La main-d'œuvre. — Individualisme de l’industrie et de la classe ouvrière.
Faire fortune en Amérique ! C’est là un rêve considéré en Europe comme d’une réalisation facile, une ressource suprême que chacun tient en réserve.
Il nous souvient d’avoir vu quelque part, au bas d’un dessin satirique, une réflexion profonde et vraie : le dessinateur présentait, au milieu d’une série consacrée à des Américains, une table richement servie et prêtait ce dialogue à deux valets, l’un jeune novice, l’autre vieux dignitaire de la profession. Le jeune avait la parole :
« — Pourquoi ne serions-nous pas riches comme eux? »
Et l’autre de répondre :
« — Bête! il faudrait travailler. »
Vérité profonde et profonde philosophie. L’Amérique ne diffère des autres pays que parce que le travail y est plus honoré, que tout le monde lui consacre sa vie, qu’il absorbe toutes les forces des individus et tout leur temps, qu’il est, pour toutes ces raisons, peut-être, plus fécond qu’ailleurs. Mais, les mmes d’or, qui donnent leurs pépites sans efforts, les trou-
peaux à génération spontanée, qui enrichissent celui qui les regai de paître, sont des légendes qui retardent de plusieurs siècles.
Les mines d’or, au temps lointain de la conquête, ont enrichi quelques vaillants qui émergent de l’océan des inconnus, du néant des oubliés. Le bruit qu’elles font encore attire l’attention des aventureux et perpétue la légende des oncles d’Amérique.
Celle-là, aussi, est vivace. Que de fois les consuls, français surtout, reçoivent- ils des lettres de braves gens d’Europe rappelant qu’ils attendent et n’oublient pas un parent qui est parti, disent-ils, pour les Amériques, pour faire fortune et qui « sans doute a dû. laisser quelque bien, auxquels ils ont droit ». Ils jettent la lettre à la poste sans choisir même le lieu de destination et l’adressent au Consul de France en Amérique. Ce qui est plus étrange, c’est que cette lettre part, avec les autres, par le premier paquebot, qu’elle arrive quelque part, qu’elle est lue par le consul d’une ville quelconque de ce continent, qui, souvent, prend soin de la transmettre à un collègue d’un autre pays ; de consulats en consulats, lue et annotée, elle revient au ministère des affaires étrangères où elle est cataloguée et archivée avec soin.
Les Amériques! c’est, pour beaucoup, même de ceux qui s’embarquent et émigrent, un point vague du globe! Pour les neveux, c’est toujours un inconnu doré, où leur parent disparu se promène, au milieu de ses nègres et de ses plantations. Quelles plantations? Ils ne savent pas au juste, mais ils ont vu quelque part, accroché même dans leur logis, des lithographies de scènes coloniales qui symbolisent leurs espérances. Opéras comiques et vaudevilles ont exploité à l’excès cette situation; quelquefois, leur fantaisie donne à l’oncle une petite famille, rangée naturellement dans la catégorie des moricauds. Ces moricauds-là ne servent qu’à affirmer la richesse du