‹ La vie et les mœurs à la PlataChapitre 8 sur 69 · C II AP. IV. - OUVRIERS, ARTISANS ET TRAVAILLEURS · texte numérisé non relu

C II AP. IV. - OUVRIERS, ARTISANS ET TRAVAILLEURS

fugiùt; c’est une chose connue que c est là un signe d’opulence, mais ils ne constituent ni des parents ni des cohéritiers dont on ait à se préoccuper

La vie réelle n’est pas aussi simple. C’est bien toujours la fortune que l’on vient chercher en Amérique ; c’est surtout l’aisance, que rencontrent, après de longs efforts, ceux qui ne reculent pas devant le labeur continu. Quiconque résiste au triage des premiers débuts, où les découragements sont fréquents, avance et réussit un jour, à son heure ; mais la vraie source de la richesse, c’est la terre. La plus-value, que le temps et le développement de la population lui assurent, crée seule les grandes fortunes. Aussi faut-il bien près de deux générations, pour qu’elle rende en espèces le produit de la patience accumulée : dix ans lui donnent une plus-value, vingt ans une grande valeur. C’est donc du temps et de la terre qu’il faut attendre les réalisations de fortune; mais la terre ne s’acquiert pas sans capital, il faut acquérir celui-ci d’abord, par le travail et de longs efforts.

Que de temps ne faut-il pas au nouveau débarqué pour les combiner et leur donner une utile direction! S’il a, à l’arrivée, quelque présomption, il la lui faudra perdre au plus vite. — Eh! qui n’en a pas? L’expatrié vient d’un pays civilisé, imprégné de cette idée que cette civilisation coule dans ses veines, et débarque dans un pays qu'il croit sauvage. Pauvre naïf! que d’illusions il va lui falloir perdre!

Son premier geste était d’orgueil, le second est d’étonnement, le troisième de confusion. Il ne croyait pas! Il ne savait pas! Qui donc se serait figuré? Le souvenir de celte

civilisation dont il était si fier s’évanouit. Il rentre en lui même et sent vivement que c’est d’un village qu’il vient. A prendre racine, à s’acclimater dans ce milieu, les premières années s’écouleront. Plante arrachée et replantée sans précaution, il lui en faudra d’autres pour pousser quelques racines, se refaire une constitution, donner quelques fleurs et promettre quelques fruits. Pour tout cela, le quart d’une vie d’homme suffit à peine.

Si donc la vie est plus facile, la prospérité plus générale en Amérique qu’ailleurs, parce que le travail y est mieux rémunéré, la place, pour tous, plus vaste, la fortune, cependant, est longue à venir : les forces peuvent disparaître au milieu de cette lutte. Entre temps, les influences du milieu ont envahi l’esprit du néo- Américain, il est attaqué de ce vice continental, le défaut de prévoyance, le dédain de l’épargne, qui lui font perdre le souci du lendemain.

Cependant, le nombre de ceux qui restent en route est minime, en somme, malgré les difficultés contre lesquelles il leur faut entreprendre la lutte. C’est, que l’émigration d’un pays se compose, pour la majeure partie, d’ambitieux dévorés de l’esprit de conquête, mécontents du milieu où leur naissance, leur fortune ou les événements les ont jetés et les maintiennent. Ils en veulent sortir; ils veulent se distinguer de ceux de leur génération, ils tentent pour cela la grande aventure de l’émigration. Si, poussés par ces sentiments, ils arrivent jeunes, dans un pays jeune, ils apportent, avec eux, plus de chances de succès que n’en ont en général, chez eux, ceux qui ont préféré la routine d’une vie médiocre et sans luttes dans le pays où ils sont nés.

Esprit de lutte, esprit de conquête : c’est là ce qui domine l’émigrant; si avec cela il a été dirigé vers un pays où il puisse trouver l’emploi de ses facultés et n’ait pas tout à rapprendre, il renouvellera peut-être la légende des oncles d’Amérique.

Aussi, disons-nous avec conviction que l'émigration enlève

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