‹ La vie et les murs des animaux :Chapitre 25 sur 99 · AcCti · texte numérisé non relu

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Les Actinies se tiennent entre les crevasses des rochers. Elles se logent parfois dans quelque coquille abandonnée, laissant seulement dépasser en dehors leur brillante collerette, semblable à la corolle d’une fleur.

Les Anémones de mer passent presque toute leur vie adhérentes au rocher sur lequel elles paraissent avoir pris racine. Cest là qu’elles vivent, d’une sorte de vie inconsciente et obtuse, douées d’un instinct si obscur, qu’elles n’ont pas même le sentiment de la proie qui les avoisine, et qu'il faut qu’elles soient heurtées par cette proie, pour s’en emparer et l’engloutir dans leur bouche.

Bien qu’elles soient habituellement adhérentes, les Actinies peuvent se mouvoir. Elles glissent en rampant avec lenteur, au moyen de contractions et de relâchements successifs de leur corps. Elles étendent un des bords de leur base et retirent le bord opposé.

A l'approche du froid, les Actinies de nos côtes descendent vers des eaux plus profondes, pour y trouver une température convenable.

Nous disions plus haut que les Anémones de mer sont à peine pourvues d’instinct vital. Cependant elles exécutent certains mouvements volontaires. Sous l'influence de la lumière, elles épanouissent leurs tentacules, comme une pâquerette étale ses demi-fleurons. Si alors on touche l’animal, ou si l’on agite l’eau qui l’environre, la fleur se ferme aussitôt.

Ces tentacules paraissent quelquefois servir à l’animal d’armes offensives. La main de l’homme qui les a touchées, s’enflamme, devient rouge et douloureuse. M. Hollard a vu mourir de petits Maquereaux, longs de 5 ou 6 centimètres, qui avaient seulement touché les tentacules d’une Actinie verte.

Ces propriétés toxiques ont été attribuées à des cellules spéciales, pleines de liquide. M. Hollard ne croit pas cependant que ces effets soient assez constants ni assez généraux pour constituer la fonction principale de ces organes, qui existent chez toutes Les espèces et sur toutes leurs surfaces externe et interne.

Bien qu’elle soit incapable de discerner une proie à distance, l’Anémone de mer la saisit avec avidité, quand elle vient

à s'offrir d'elle-même en victime. Si un petit ver aventureux, un jeune et étourdi crustacé, viennent à effleurer, en nageant, la collerette étalée d’une Actinie, aussitôt notre animal la frappe de ses tentacules, et la précipite dans sa bouche ouverte.

Rendez-vous à l'aquarium du Jardin d’Acclimatation de Paris, le mercredi ou le dimanche, à trois heures de l'après-midi, et vous serez témoin du spectacle, assez curieux, du repas des animaux aquatiques enfermés dans ces réservoirs. On jette, à travers l'eau, de petits morceaux de viande. Les Crevettes et autres crustacés ou zoophytes, habitants de ce milieu hospitalier, vont à la chasse de cette proie, pendant qu’elle tombe lentement vers le fond du bassin.

Mais pour les Actinies, c'est autre chose. Le morceau de viande peut glisser à quelques milimètres de leur collerette, sans qu’elles aient le moindre soupçon de sa présence. Il faut que, du dehors, une baguette propice, dirigée par la main du gardien, fasse adroitement tomber la nourriture sur l’animal même. Alors ses bras, ou tentacules, s’en saisissent aussitôt, et le repas commence.

N'est-ce pas un curieux spectacle que de voir donner de la viande à manger à des fleurs!

Les Actinies sont gloutonnes et voraces. Elles saisissent à l’aide de leurs tentacules, et engloutissent dans leur estomac, des proies quelquefois d’un volume et d'une consistance qui contrastent avec les dimensions et la mollesse de ces petits animaux. En moins d’une heure, selon M. Hollard, elles vident la coquille d’une Moule et réduisent un Crabe à ses parties dures. Elles ne tardent pas à rejeter ces parties dures, en renversant leur estomac, comme nous retournons notre poche, pour en vider le contenu.

Le docteur Johnson rapporte qu’il trouva une Anémone crassicorne qui avait avalé une valve de Pèlerine géante, laquelle était malheureusement entrée en travers, de telle sorte qu’elle divisait l'estomac en deux tompartiments, l’un supérieur, l’autre inférieur. Ce dernier ne communiquant plus avec la bouche, l'animal était menacé de mourir de faim. Mais il y mit bon ordre. Au bout de quinze jours, une nouvelle bou-

che, pourvue de deux rangées de tentacules, se forma près de l’étranglement, et cette bouche supplémentaire desservit l’estomac inférieur. Dès lors, l'animal mangea par en haut et par en bas. L'accident qui avait manqué le faire mourir de faim, doubla, au contraire, ses délices gastronomiques.

« Les Anémones sont voraces et vigoureuses, dit Frédol; rien ne peut échapper à leur gloutonnerie : tous les animaux qui s’approchent sont saisis, précipités et dévorés.

« Malgré la puissance de leur bouche, ces estomacs insatiables ne retiennent pas toujours la proie qu’ils ont avalée. Dans certaines circonstances, celle-ci réussit à s'échapper ; dans d’autres, elle est adroitement enlevée par quelque maraudeur du voisinage, plus rusé et plus actif que l’Anémone.

« On voit quelquefois, dans les aquariums, des Crevettes qui ont senti de loin la proie mangée, se précipiter sur le ravisseur, lui prendre audacieusement sa nourriture et la dévorer à sa place, au grand désappointement de celui-ci. Bien plus, lorsque le morceau savoureux a été complétement englouti, la Crevette, redoublant d'efforts, réussit à s’en emparer au milieu même de l’estomac. Elle fond en plein sur le disque étendu de l’Aménone ; avec ses petits pieds, elle l'empêche de rapprocher ses tentacules; elle introduit en même temps ses pinces dans la cavité” digestive et saisit l’aliment. L’Anémone essaye en vain de contracter ses barbillons et de fermer sa bouche... Parfois le conflit devient trèsgrave entre le zoophyte sédentaire et le crustacé vagabond. Quand le premier est un peu robuste, l'agression est repoussée, et la Crevette court le risque de former un supplément au repas de l’Anémone !, »

Si les Actinies sont voraces, elles peuvent, en revanche, supporter un jeùne prolongé. On en a vu vivre deux et même trois ans, sans recevoir de nourriture.

Bien que les Anémones de mer soient bonnes à manger, l’homme en tire fort peu de parti sous le rapport de l’alimentation. Cependant en Provence, en Italie, en Grèce, on fait une grande consommation de l’Actinie verte. Toutes pourraient fournir à la nourriture des habitants des côtes. Dans son Histoire des poissons, Rondelet dit que l’Anémone crassicorne se vendait assez cher dans le port de Bordeaux. On trouve sur le marché de Rochefort, pendant les mois de janvier, de février et de mars, l’Actinia coriaacea. Les marins particulièrement trouvent sa chair délicate et savoureuse.

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