Le Monde de la mer, page
Après ces considérations générales sur la structure et les mœurs des Actinies, et pour mieux faire Connaître ces êtres intéressants, nous signalerons quelques genres et espèces remarquables. Nous suivrons pour cet exposé, la classification proposée par M. Milne Edwards.
Les deux planches 55 et 56 montrent réunies les espèces principales d’Anémones de mer, telles qu’on les voit dans un aquarium, par exemple dans ceux des jardins d’acclimatation * de Paris ou de Londres.
La première section de la famille des Actinidiens est celle des Actinies vulgaires, dont le pied est large et adhérent et dont les parois latérales sont lisses et imperforées. A cette section appartiennent, entre autres, les genres Anemonia, Actinia et Metridium.
L'Actinie verte (Anemonia sulcata, Actinia viridis), présente des tentacules très-nombreux (quelquefois près de deux cents) dépassant en longueur la largeur du corps, d’un beau vert, ou d’un vert olive tirant sur le brun, rose à l'extrémité. Le tronc est d’un vert grisâtre ou brunâtre; le disque est brun rayé de vert.
Cette Actinie se trouve dans la Manche et la Méditerranée. Lorsque ces animaux vivent fixés aux flancs des rochers, à peu de distance au-dessous du niveau de la mer, ainsi que cela a lieu le plus ordinairement dans la Méditerranée, ils laissent pendre leurs tentacules, comme s'ils n'avaient pas la faculté de les étaler en rayons. Mais quand ils sont fixés horizontalement et que la mer est tranquille, ils les écartent dans tous les sens, et les agitent sans cesse.
Cette Actinie, qui étale autour d'elle sa longue crinière et la balance au gré des vagues, est un spectacle intéressant, qui charme l'ennui des passagers et des matelots, quand ils aperçoivent-cet être marin à une faible profondeur au-dessous de la ligne de sillage du navire.
L'Actinia equina, connue sous le nom vulgaire de Cul d'âne ou Cubasseau, est extrèmement commune sur les bords de la Manche. Elle se tient principalement sur les rochers battus par les vagues et qui sont découverts au moment du reflux. Elle a ordinairement cinq ou six centimètres de haut. Contractée,
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elle ressemble à une cloche perforée au sommet; dilatée, à un cylindre. Ses nombreux tentacules sont terminés par un petit pore. Sa couleur, qui est variable, est en général d’un rouge violacé. Quelquefois elle offre des taches rondes, d’un beau vert. D’autres fois elle est entièrement verdâtre. Le bord du pied est liseré de rouge, de vert et de bleu en dessous.
Le Metridium dianthus a le corps gros, à téguments d’un gris roussâtre. Le disque est fortement lobé, mince et transparent autour de la bouche. Les tentacules sont très-nombreux, très-courts, et occupent une zone fort large sur le disque. Les internes sont blanchâtres et très-espacés; les externes serrés, papilliformes et bruns. On trouve cette espèce
Fig. 56. Edwarsia callimorpha, Gosse.
sur les pierres et les coquilles, dans les mers du Nord et dans la Manche. :
La deuxième section est celle des Actinies verruqueuses, qui ont les parois latérales du corps garnies de tubercules agglutinants et le pied bien développé.
C'est à cette section qu’appartient le Cereus coriaceus (Actinia senilis, Hollard) qu’on trouve assez souvent enterré dans le sable, sur les côtes de France et d'Angleterre, dont le corps est varié de vert et rouge, les tentacules gros, courts, grisâtres, avec de larges bandes rosées.
Les Anémones de mer qui se rangent dans la quatrième section, ou la section des Actinies pivotantes, ont le pied très-
petit et le corps fort allongé. A ce groupe appartient le genre Edwardsia fig. 56). |
Dans la grande famille des Actinidiens, M. Milne Edwards forme un groupe particulier des Phyllactines. Dans ce groupe, les polypes sont simples, charnus, et offrent à la fois des tentacules simples et des tentacules composés.
Telestle Phyllaclis prætexta(fig. 57), qui habite les parages de Rio de Janeiro. Ce zoophyte se fixe sur les rochers du rivage et se couvre de sable. Son tronc, de forme cylindrique, est cou-
Fig. 57. Phyllactis prætexta, Dana (G. N.).
leur de chair, rayé de lignes verticales, de points rouges. Les tentacules internes sont sur deux rangées, simples, allongés; les tentacules externes sont spatulés et lobés, assez semblables à des feuilles de chêne d’un brun olive.
Un autre groupe, celui des Thalassianthines, se distingue du précédent en ce que tous les tentacules sont rameux, ou papillifères. Tel est le Thalassianthus aster, de couleur ardoisée, qui habite la mer Rouge.
. Dans le dernier groupe des Actinidiens, les polypes sont agrégés, se multiplient par des bourgeons placés à la base, et
Fig. 58. Zoanthe sociale. (G. N.) (Zoanthus socialis, Cuvier.)
présentent une sorte de polypier coriace. Comme exemple de cette organisation, nous citerons le Zoanthus socialis (fig. 58).
FAMILLE DES MINYADINIENS.
Les Minyadiniens semblent représenter, parmi les Zoanthaires, la forme particulière aux Pennatules parmi les Alcyoniens. En effet, chez ces animaux, la base du corps, au lieu de s'étendre en forme de disque, pour s’accrocher aux rochers, aux aspérités du fond de la mer, rentre en dedans, de façon à constituer une sorte de bourse, qui paraît emprisonner de l'air. De cet ensemble résulte une sorte d'appareil hydrostatique, à l’aide duquel ces animaux flottent dans l’eau et peuvent se transporter d’un lieu à l’autre.
La Minyade bleue (Minyas cyaneu) (fig. 59) sera pour nous le type de cette famille. Son corps, en forme de melon, est d’un
bieu d'azur, avec des verrues blanches, Il est aplati à ses deux extrémités dans l’état de contraction. Ce polype a trois ran-
Fig. 59, Minyade bleue. (G. N.) (Minyas cærulea, Cuvier.)
gées de tentacules, courts, cylindriques, blancs. Les organes internes sont d’un rose tendre.
CLASSE DES DISCOPHORES.
Les animaux si curieux, et si mal connus autrefois, qui constituent cette classe de zoophytes, sont aussi désignés sous le nom de Polypo-méduses, pour rappeler que tantôt on les a nommés Méduses, et tantôt rangés parmi les Polypes. On a, en effet, découvert de nos jours que, peu de temps après leur sortie de l'œuf, ces zoophytes se montrent sous la forme de polype, et que plus tard ils acquièrent la forme animale à laquelle on donne le nom de WMéduse. Ces êtres sont donc de véritables protées. De là les difficultés considérables de leur étude, qui ont fait longtemps le désespoir des naturalistes.
L'histoire de tous ces zoophytes est trop compliquée pour que nous osions la présenter ici en traits généraux. Nous nous bornerons à décrire les espèces les plus connues de cette classe, celles qui ont attiré particulièrement l’attention des naturalistes, et qui sont de nature à intéresser nos lecteurs.
La classe des Discophores se divise en quatre ordres : les
Hyüdraires, les Sertulaires, les Médusaires et les Siphonophores. La forme de Méduse n'apparaît pas dans les deux premiers ordres.