‹ La vie et les murs des animaux :Chapitre 55 sur 99 · MOLLUSQUES ACÉPHALES · texte numérisé non relu

MOLLUSQUES ACÉPHALES

Nous voici arrivé aux mollusques véritables. La transition des molluscoïdes nous a préparé à mieux comprendre les particularités de l'existence et des mœurs des mollusques proprement dits. |

Lenom même demollusque indique le caractère qui avaitle plus frappé les anciens naturalistes : ils sont mous (en latin, molles). Leur chair est froide, humide, visqueuse. En raison même de leur mollesse, ils sont ordinairement munis d’un appareil de défense ou de protection, d’une cuirasse pierreuse, nommée coquille ou test. Selon les espèces, ce testest une cotte de mailles, un bouclier ou une tour. Le Mollusque est donc armé et défendu contre les attaques du dehors, à peu près à la manière d'un chevalier au moyen âge. Seulement, le chevalier n’était pas étroitement et à jamais enfermé dans son armure, tandis que le mollusque y est attaché par les liens indissolubles de l’organisation.

« Telle vie et telle habitation, dit M. Michelet, l’éloquent auteur de la Mer; dans nul autre genre plus d'identité entre l’habitant et le nid. Ici, tiré de sa substance, l'édifice est la continuation de son manteau de chair. Il en suit les formes et les teintes. L'architecte sous l'édifice en est luimême la pierre vive. »

La coquille des Mollusques a donné lieu à des appréciations assez diverses. Certains naturalistes la comparent au squelette des animaux supérieurs.

« On pourrait regarder la coquille comme l'os de l’animal qui l'occupe, » dit l’un de nos savants.

ACÉPHALES. 263 Mais un autre est survenu, émettant une vue différente :

« On peut dire, en thèse générale, que les mollusques testacés sont ‘des animaux chez lesquels lossification se trouve rejetée à la surface extérieure du corps au lieu de se faire à l’intérieur, comme cela a lieu chez les Maramifères, les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons. Chez les animaux supérieurs, les os gisent dans les profondeurs du corps; chez les Mollusques, les os sont placés à la superficie. C’est le même système renversé, retourné. »

D’autres zoologistes repoussent en ces termes cette assimilation théorique :

« La coquille qui sert de demeure et d’abri à l’animal ne saurait être, disent ces derniers, considérée comme un squelette, parce qu’elle ne traduit pas extérieurement les formes de l’animal, parce qu’elle ne donne pas attache aux organes du mouvement, et enfin parce qu’elle est un produit de sécrétion qui croit sans cesse à mesure que le corps lui-même prend du développement. »

Cette dernière opinion nous paraît la plus acceptable.

Quoi qu’il en soit, par l’immense variété de leur forme et de leur grandeur, par leur éclat, par la beauté et la vivacité de leurs couleurs, les coquilles des mollusques constituent un des plus attrayants objets d'histoire naturelle. Aussi les collectionneurs de coquilles sont-ils nombreux en tous pays.

Ce n’est pas toutefois par leur seule beauté qu’une collection de coquilles fait naître un vifintérêt : une créature vivante habite cette coquille, une créature qui a son organisation et sa vie, et surtout des mœurs dignes d’exciter au plus haut point l'intérêt, la curiosité et l’admiration. On a dit que cette coquille « est comme une médaille frappée par la main de la nature à l'effigie des climats. » En effet, les eaux douces ou salées, appartenant aux différentes régions du globe, sont caractérisées par la présence de coquillages particuliers. Enfin, la comparaison des coquilles vivantes avec celles des coquilles fossiles qui gisent dans les profondeurs du sol, est un grand élément d’information scientifique touchant l’origine des diverses couches qui constituent notre globe.

Ainsi, ne fermons pas les yeux devant ces êtres, en apparence misérables et chétifs, Dieu leur a prodigué les merveilles qu’il tient en réserve, pour embellir l’organisation et la vie.

Qui oserait leur refuser un regard! Qui ne trouverait du charme à examiner, à comparer leur structure! L'homme descend dans les profondeurs du sol, pour y chercher un métal précieux ; — il plonge sous les eaux de l'Océan, pour y recueillir les débris d’un naufrage ; — il penche sa tête sur les ouvrages les plus minutieux, usant ses yeux et sa santé à exécuter de microscopiques instruments mécaniques ; — comme ces ambassadeurs siamois que nous montrait, à l'Exposition des Beaux-Arts de 1865, l’admirable pinceau de Gérôme, il se traîne à genoux, et cache son visage dans la poussière, pour rendre hommage à un puissant du jour! Pourrait-il refuser de se courber un moment sur le sable des mers, pour recueillir dans sa main, pour rapprocher de ses yeux les merveilleux ouvrages du divin créateur!

Mais il est temps d'arriver à l'examen de la grande classe de mollusques dont le nom est inscrit en tête de ce chapitre, aux mollusques acéphales, c’est-à-dire sans tête,(de « privatif et de xepaln, tête).

Point de tête; le corps enveloppé par des replis de la peau assez semblables à des voiles; une coquille à deux valves : tel est le signalement sommaire de tous les mollusques acéphales.

Le chapitre que nous consacrons à leur examen ne sera pas, nous l’espérons, sans intérêt pour nos jeunes lecteurs. On y apprendra à connaître, ou à mieux connaître, une vingtaine de mollusques sur lesquels il est bon de s'arrêter à diverstitres, et dont quelques-uns sont d’une importance considérable. Telle est par exemple l'Huître, qu’on sème, qu’on cultive, qu’on récolte aujourd’hui, comme on récolte les fruits; — la Pintadine, qui fournit à la parure le précieux ornement de la perle; — le Taret, qui, travaillant silencieusement à la destruction lente des bois de construction, produit souvent des désastres affreux, méconnus jusqu'à l'heure où ils se manifestent; qui ronge les navires sous les pieds des marins insoucieux ou ignorants du péril; qui mine et détruit ces digues gigantesques, obstacle salutaire opposé à l’inondation et à la ruine d’un pays.

Pour donner une idée à la fois intéressante et exacte du groupe naturel des mollusques acéphales, nous choisirons un

certain nombre de familles, ou plutôt de types de ces familles. Les principaux types seront : l’Huître, la Moule, le Bénitier, la Bucarde, le Taret.

L'Huître est le type d’un petit groupe de mollusques acéphales, parmi lesquels nous distinguerons le Spondyle, le Peigne, le Marteau et la Pintadine.

La Moule est le type d’une autre famille dont font partie le Jambonneau, V'Anodonte, la Mulette.

Le Bénitier, ou Tridacne, représentera pour nous, à lui seul, un groupe particulier.

. La Bucarde constitue, avec les Donaces, les Tellines et les Vénus, une famille.

Il nous restera enfin à considérer le redoutable clan dont le Taret est le chef destructeur, et qui comprend le Solen, ou Couteau, et la Pholade.

FAMILLE DES OSTRÉACÉS.

Cette famille de mollusques acéphales comprend un assez grand nombre de genres. Nous étudierons seulement les genres Huître, Peigne, Spondyle, Marteau et Pintadine.

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