‹ La vie et les murs des animaux :Chapitre 88 sur 99 · MOLLUSQUES CÉPHALOPODES · texte numérisé non relu

MOLLUSQUES CÉPHALOPODES

Nous arrivons enfin aux plus volumineux, aux plus parfaits des Mollusques : aux Céphalopodes.

Leur nom, comme nous l'avons déjà dit, est tiré de la position de leurs pieds, qui s’insèrent à la partie antérieure de la tête (xepañn, tête, mous, rod, pied).

Les Mollusques Céphalopodes sont très-avancés dans l’échelle des êtres, car ils possèdent à un haut degré les sens de la vue, de l’ouiïe et du tact.

Les Céphalopodes se sont montrés avec les premiers animaux qui ont apparu sur la terre. Assez nombreux encore aujourd’hui, ils sont loin de jouer le rôle important qui leur fut dévolu aux premiers temps de l’existence de la vie organique sur notre planète. Les Ammoniles et les Bélemnites figuraient par milliers parmi les êtres qui peuplaient les mers pendant la période secondaire de l’histoire de notre globe.

La grande classe des Céphalopodes se divise en deux ordres : celui des Céphalopodes acétabulifères (acetabulum, coupe, suçoir, wow, je porte), c'est-à-dire ceux dont les bras sont munis de sucçoirs, et celui des Céphalopodes tentaculifères, c'est-à-dire ceux dont les bras sont dépourvus de suçoirs et ne forment que des tentacules vigoureux et charnus.

CÉPHALOPODES ACÉTABULIFÈRES.

C’est à ce groupe qu'appartiennent le Poulpe, l’Argonaute, la Seiche, le Calmar, parmi les animaux actuellement vivants; la

Bélemnite, parmi les animaux qui vivaient pendant les anciens âges de notre globe,

Ces espèces, souvent de grande taille, sont essentiellement carnassières. Écoutons, à ce sujet, M. Michelet. Il va nous peindre l'humeur guerrière de ces habitants des mers.

a Les Méduses et les Mollusques, dit cet écrivain, ont été généralement d’innocentes créatures, et j'ai vécu avec eux dans un monde aimable de paix. Peu de carnassiers jusqu'ici. Ceux mêmes qui étaient forcés de vivre ainsi, ne détruisaient que pour le besoin et encore vivaient la plupart du temps aux dépens de la vie commencée à peine d’atomes, de gelée animale qui n’est pas même organisée. Donc la douleur était absente. Nulle cruauté et nulle colère. Leurs petites âmes si douces n’en avaient pas moins un rayon, l'aspiration vers la lumière, et vers celle qui nous vient du ciel, et vers celle de l'amour, révélé en changeante flamme qui, la nuit, fait la joie des mers. Maintenant, il me faut entrer dans un monde bien autrement sombre: la guerre, le meurtre. Je suis obligé d’avouer que, dès le commencement, dès l’apparition de la vie, apparut la mort violente, épuration rapide, utile purification, mais cruelle, de tout ce qui languissait, trainait ou aurait langui, de la création lente et faible dont la fécondité eût encombré le globe.

« Dans les terrains les plus anciens, on trouve deux bêtes meurtrières, le mangeur et le suceur. Le premier nous est révélé par l’empreinte du Trilobite, espèce aujourd’hui perdue, destructeur des êtres éteints. Le second subsiste en un reste effrayant, un bec presque de deux pieds, qui fut celui du grand suceur, seiche ou poulpe. D’après un tel bec, ce monstre, s’il lui était proportionné, aurait eu un corps énorme, des bras suçoirs épouvantables de vingt ou trente pieds peut-être, comme une prodigieuse araignée. Le suceur du monde, mou, gélatineux, c'est lui-même. En faisant la guerre aux Mollusques, il reste mollusque aussi, c’est-à-dire toujours embryon. Il offre l’aspect étrange, ridicule, caricatural, s’il n’était terrible, de l’embryon allant en guerre, d’un fœtus cruel, furieux, mou, transparent mais tendu, soufflant d’un souffle meurtrier. Car ce n’est pas pour se nourrir exclusivement qu’il guerroie. Il a besoin de détruire. Même rassasié, crevant, il détruit encore. Manquant d’armure défensive, sous son ronflement menaçant, il n’en est pas moins inquiet ; sa sûreté, c’est d'attaquer. Il regarde toute créature comme un ennemi possible. I1 lui lance à tout hasard ses longs bras, ou plutôt ses fouets armés de ventouses !, »

Après cette caractéristique générale des mollusques céphalopodes, tracée par notre éloquent historien et poëte, nous

i. Michelet. La Mer.

pouvons entrer dans l’examen des principaux ordres de cette classe d’animaux.

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