LA NATURE DANS LES POEMES DE DU BAR TAS
Caractère des criptif des deux Semaines. — Le sentiment de la nature au XVI« siècle.— Chez duBartas, il manque, malgré quelques traits gracieux, de délicatesse et de finesse. — Ses descriptions se recommandent par la grandeur et l'élévation. — Place que tient la nature dans ses poèmes : rapprochements et images qu'il lui emprunte. — La noblesse et l'ampleur de ses peintures ne l'empêchent pas d'avoir un vif sentiment de la réalité. — La préoccupation jalouse de l'exactitude l'entraîne même dans de bizarres « hypotyposes ». — Fausse idée de l'imitation poétique au XVI<^ siècle et notamment chez du Bartas. — Ce qui fait le caractère original et personnel du poète, comme chantre de la nature, c'est sa conception morale de l'univers : il voit dans la création tout entière un ensemble de symboles ; Dieu se révèle à l'homme par ses œuvres et nous y propose tous les enseignements moraux, toutes les leçons de conduite qui doivent guider notre vie. — La Semaine et les Bestiaires du moyen-âge. — Les œuvres de du Bartas sont avant tout didactiques : il décrit la nature en poète et l'explique en moraliste chrétien.
Du Bartas, quel que soit le genre auquel appartiennent les deux Semaines, est avant tout un poète descriptif. La plus considérable de ses œuvres a justement pour objet de décrire la Création, et elle ne serait guère qu'une longue suite de tableaux, si le poète n'avait évité la monotonie grâce aux épisodes de toutes sortes qui donnent à son poème, outre la variété nécessaire à un si long ouvrage, un caractère original et personnel qui n'a pas toujours la poésie descriptive. C'est la nature qui tient la première place dans les œuvres de du Bartas ; elle est le fond même de sa poésie, et partout il tire d'elle son inspiration.
Bien des poètes du XV1° siècle l'avaient avant lui célébrée. Parmi les disciples immédiats de Ronsard, citons Belleau et Baïf. Nous ne parlons pas ici des Petites Inventions et des Pierres précieuses qne composa le premier; malgré la netteté et la grâce du stj'le, la justesse et la précision de la peinture, ces descriptions d'un papillon, d'une cerise, d'un diamant, n'auraient pu valoir à leur auteur le surnom qu'il tient de Ronsard. C'est en 1565 et 1572 que Belleau publie ses deux journées de la Bergerie ; et là, il se recommande par un sentiment délicat de la nature; sa pièce d'Avril notamment est une des plus gracieuses productions du XVP siècle. Mais il ne faut pas lui demander la grande poésie des champs ; il voit dans la
nature ce qu'il y a en elle de charmant, de joli, de coquut; le « gentil Belleau » la sent avec finesse et la décrit avec amour, mais il n'en sent et n'en décrit que les détails. C'est aussi ce que l'on peut dire de Baïf ; ses poésies champêtres, sa Chanson en l'honneur du printemps, pour ne citer que la plus connue, sont remarquables par les mêmes qualités d'élégance et de grâce; mais il n'aborde jamais de grands sujets et se contente, comme son ami Belleau, de peindre des miniatures. Il faut ajouter à ces deux poètes Vauquelin de la Fresnaye ; ses Idyllies renferment des pièces charmantes, malgi^é l'artificiel.et le convenu qui les déparent souvent; mais, lui non plus, il ne s'élève jamais bien haut dans ses poésies même les plus vraies de ton et les plus sincères de sentiment.
Quant à Ronsard, il a une vue plus profonde, une compréhension plus large de la nature ; il est à la fois peintre et poète : il échappe même fréquemment à cette imitation inquiète des anciens qui gène ailleurs la sincérité de sa poésie : s'il peuple les champs de sylvains et de nymphes, nul n"en connaît mieux que lui les mélancolies et les splendeurs. Mais, malgré la richesse et l'éclat de ses peintures, il atteint rarement dans la description à la grandeur et à la majesté qui caractérisent du Bartas.
C'est cette majesté et cette grandeur qui nous frappent tout d'abord dans les Semaines. Cependant il ne faudrait pas croire que notre poète soit absolument dépourvu de toute délicatesse. Quoi de plus charmant, par exemple, que ces vers de la Création^ où il nous montre le soleil
Couronnant de bouquets le printemps gracieux (1) ?
ailleurs il salue la terre
Vestue d'un manteau tout damassé de fleurs (2) :
il nous montre le laboureur allant dès le matin admirer les prés et les bois
Que la flairante aurore emperle de ses pleurs (3) ;
(1) y« Semaine, ch. I.
(2) •/« Semaine, ch. III.
(3) Ibid.
on trouve enfin chez lui certaines descriptions du printemps que ne désavoueraient pas Baïf ou Belleau ; elles ont toute rélé^ance de ces poètes en même temps que leur affectation mignarde (1). Mais, il faut le dire, quelques vers pris çà et là dans des poèmes aussi vastes que les Semaines ne suffisent pas à faire passer leur auteur pour un esprit léger et gracieux (2). Comme nous l'avons dit, ses descriptions, ses comparaisons, ses images, sont au contraire remarquables par l'élévation imposante qui distingue en tout son génie et qui s'accorde avec le sujet de ses poèmes. Citons en particulier cette belle scène de la fin du. monde qu'on trouve au l^"" chant de la Création ; au 2°, l'aspect de la terre après le déluge; au 3^, l'éloge de la vie champêtre ; au 4°, la description de la course accomplie par le soleil ; au 7° enfin, ce morceau du début qu'admirait Gœthe. Dans la 2° Semaine, nous devons rappeler, entre autres beaux passages, la peinture du paradis terrestre et celle du cheval dompté par Caïn. Tous ces tableaux ont le même caractère de noblesse et de majesté, si l'on veut bien entrer assez dans les idées et le langage du XV1° siècle pour ne pas se laisser trop vivement choquer par quelques dissonances triviales. Nous n'y trouvons pas l'aimable légèreté d'autres poètes contemporains, la grâce exquise avec laquelle ils savent exprimer tous les détails d'un paysage; mais du Bartas y apporte des qualités d'un autre ordre, et la magnificence n'est pas chez lui plus voisine de l'emphase que chez Belleau ou Vauquelin l'élégance de la
(1) Par exemple, au ■!<' jour de la ■/■■« Semaine, le morceau cfui commence ainsi :
Tu n'as si tost fleschy ta flamboyante course, etc.
(2) On connaît pourtant la légende de cet essaim d'abeilles qui avait élu domicile sous un soliveau du Bartas : elle fait le sujet d'un sonnet, qu'un ami du poète lui adressa. Ces méchants vers sont cités par Colletât le fils dans les Remarques qu'il ajoute aux Vies de son père.
Escrivant le bonheur du repos solitaire, Tou cstang fut ta mer, ton Ardenne ton bois, Ta Gimone ton Nil, les oyseaux tes hautbois, Ton LouYre le Bartas et Cologne ton Caire.
Mais, après ce bonheur, il ne falloit pas taire Ton Hymette odorant et résonnant des voix Des petits animaux façonnant de leurs doigts Ce nectar savoureux qui chez toi coule, flaire.
De leur bon gré jadis ils se vinrent nicher Dessous un soliveau de ton plus bas plancher, Préférant ta maison à leur manoir antique,
Et là vinrent du vent de ton souffle bénin.
Ne couvrant sous leur corps éguillon ne venin,
Mais sentant l'air naïf de ta candeur attique.
mignardise. Nul au XVP siècle n'a chanté la nature avec autant de pompe ; nul ne s'est servi avec une dignité égale de cette langue nouvelle que ses devanciers lui avaient transmise. Baïf et les poètes de son école faisaient de petits tableaux, délicats et fins ; chez l'auteur des Semaine,'^, ce sont de vastes peintures largement traitées, d'une ordonnance noble et grave. Dans ses oeuvres, la description est toujours épique : il ne se trouve à l'aise que lorsqu'il peut se donner libre et pleine carrière. x\u reste, qu'il peigne la ruine de l'Univers ou le duel de deux rossignols, on sent toujours en lui, toutes proportions gardées, le poète héroïque qui donne un air de grandeur à tout ce qu'il touche ; et, s'il tombe quelquefois dans l'enflure, il sait bien souvent être simple sans cesser pour cela d'être grand .
Les nuances fugitives et discrètes peuvent échapper à du Bartas : mais, mieux que tout autre, il sait ce qu'il y a en la nature de sublime et de souverainement beau, en même temps que de sain et de fortifiant. Il l'observe et la décrit en poète, il la chérit en sage. 11 sait l'admirer dans « son manteau bigarré de couleurs » ; mais il n'oublie pas de chanter en elle « la mère, la nourrice, l'hôtesse de l'homme (1) ». En un mot, elle est partout présente dans ses poèmes ; partout il se met en communication, ou, pour mieux dire, en communion avec elle. Elle fait le sujet même de sa plus belle œuvre ; mais, quand il ne va pas lui demander directement le thème de ses chants, c'est encore à elle qu'il en emprunte l'éclat et la richesse ; elle est la source intarrissable et pure de toute sa poésie. Nous la retrouvons à chaque page de son œuvre, toujours prête à donner à ses vers ce caractère de magnificence et de grandeur qui le distingue entre tous les poètes du XVP siècle.
Ce sont parfois des rapprochements empruntés aux occupations et aux usages des champs, comme lorsqu'il compare la formation de la pluie à certaine opération de la vendange (2), les soldats d'Holopherne à des faucheurs (3', Moïse et les lévites à des moissonneurs (4). D'autres fois et plus souvent encore, ce sont les spectacles et les phénomènes naturels qui lui fouiuissent la matière de ses
(1) Voir le morceau du 3'^ chapitre de la i" Semaine : Je te salue, ô Terre, etc.
(2) /reSeni., ch. II.
(3) Judith, ch. V.
(4) S' Sem. — Loi.
images et de ses figures. Ici, les citations seraient facilement innombrables. Tantôt de simples traits, des comparaisons courtes et rapides que le poète se contente d'indiquer en passant, sans vouloir y insister : quand il traite de « la matière des cieux », ne sachant tiy)p à quelle opinion se ranger, incertain entre toutes les hypothèses émises parles savants anciens ou contemporains, il se compare
à la fueille inconstante
Qui sur le feste aigu d'un haut clocher s'esvcnte (1).
Une source jaillissant goutte à goutte lui rappelle le sarment qui, taillé trop tard ,
Distille lentement mainte larme emperlée (2).
La nef arrêtée par la rémore reste immobile comme un chêne,
Qui des vents irritez
A mil et mille fois les efforts despitez.
Ferme, n'ayant pas moins, pour souffrir ceste guerre.
De racines dessous que de branches sur terre (3).
Le poumon est
Semblable au ventelet qui d'une fresche haleine Esvente en plein esté les cheveux d'une plaine (4).
L'esprit d'Adam procède de l'esprit de Dieu, sans prendre la moindre portion de sa substance,
comme au renouveau
De l'humide sarment uaist un bourgeon nouveau (5).
A la vue des infidèles, les Juifs sortent de Béthulie
Plus vistes qu'un torrent qui des hautes montagnes Bruyant tombe à grands sauts dans les basses campagnes (6) .
Appelé par Dieu après sa faute, Adam « ressemble
Le jonc au chef barbu qui dans le fleuve tremble (7).
(1) i" Sem., ch. II. (5^ 1" Sevi., ch. VI.
12) Ibid., ch. III. (6 Judith, ch. II.
(3) Ibid., ch. V. (~'; 5« Sem. — Imposture.
(4) Ibid., ch, VI.
Noë ranime sa famille dans l'Arche, comme « la doux-tombante orée »
Fait reverdir les prez et refleurir les fleurs
Que le ciel et l'autan fanent de leurs chaleurs (1).
Abraham recevant l'ordre de sacrifier son fils Isaac, ressemble au chêne creux
Esbranlé, contrefaict, despouiUé de cheveux.
Et qui, n'estant moins sec dehors que dans la terre,
Ne sert que d'eschalats au gravissant lierre (2).
Moïse, élevé sans peine, grâce à son heureux naturel, est
. . . l'arbre généreux qui, sur le bord des eaux, Pousse sans estre aidé jusqu'au ciel ses rameaux (3).
Les parures de Jézabel pendent à ses cheveux
Ainsi qu'au mois vineux, jaunes-rouges pendillent Les pommes dessus l'arbre et meures vont sujvant Le bransle des rameaux agitez par le vent (4).
Sans l'art des médecins, l'homme ne vivrait pas longtemps,
Ains. semblable à la fleur de lin qui naist et tombe, Tout en un mesme jour son bers seroit sa tombe (5).
Les soldats d'Holopherne lient et emportent le chef d'Ammon
Ainsi que le milan, dans son ongle crochue, Le pépiant poulet emporte par la nue (6).
Les Syriens, tantôt reculent, tantôt avancent, dans la mêlée,
Ainsi que les espics, tandis qu'un doux zéphyre Durant le mois de may à travers eux souspire. Flottent, vont et revont, en arrière, en avant, Ore courbant leur chef, ore le relevant {!).
(1) > Sem. — Arche. (5) /« Sem., 3- chant.
(2; Ibid. — Pères. (6) Judith, 2^ chant.
(3) Ibid. — Loi. {-) Ibid., ch. V.
(4) Ibid. — Décadence.
L'Esprit-Saint descend sur David :
Comme on void en esté couler un astre ardant,
Frisser par l'air serain, s'empenner d'estincelles,
Et fondre d'un long trait sur les moissons nouvelles (1).
Souvent, au contraire, les comparaisons se développent avec ampleur comme chez Homère, sans se piquer d'exactitude dans tous les détails, pourvu qu'il y ait ressemblance générale et impression analogue. C'est ainsi que l'assemblée des chefs Sj^iens, irritée par le récit du chef Ammonite, est comparée aux vagues de la mer (2) ; le roi Médois, tombant sur le champ de bataille, à un grand chêne abattu par le bûcheron (3) ; Cambris et Carnis à deux peupliers (4) ; Abraham, sommé par Dieu d'offrir son fils en sacrifice, à un pin « contresouflé du Nord et du Not » (5) ; les Israélites fuyant Goliath à des pies (6) ; les fléaux de Dieu se déchaînant sur Sodome à un « escadron » de corbeaux (7) ; Joas à un ours que l'on essaie inutilement d'apprivoiser (8) ; Adam malade à un cerf aux abois (9) ; les prêtres de Bel, quand Elle élève l'autel du vrai Dieu en face du leur, aux génisses timides dont les taureaux se disputent la possession (10).
Ces nombreuses citations suffisent pour montrer quelle place la nature tient dans la Judith et dans les Semaines. Le XVIP siècle la reléguera dans les genres inférieurs, et déjà Malherbe semble à peine la connaître (11). Mais, même parmi les poètes qui appartiennent à l'école de Ronsard, aucun ne s'est inspiré d'elle plus que du Bartas. On trouve chez lui peu de pages qu'elle ne rehausse par quelque image saisissante, par quelque comparaison grandiose. L'Océan, les arbres, les cieux, les fleurs, toutes les merveilles de la création, toutes les splendeurs de la terre prêtent leur magnificence au poète. Avant de signaler, comme nous le ferons plus bas, les fautes de goût et de tact, les vices de toute sorte qui déparent trop
(I) Je Sem. — Trophées. (6) 2" Sem. — Trophées. (2] Judith, ch. II. (1) Ibid. — Vocation. (3) Ibid., ch. V. (8) Ibid. — Décadence. [4] Ibid., ch. III. (9) Ibid. — Furies.
(5) > Sem. — Pères. (10) Ibid.. — Schisme.
(II) Faisons une exception pour la strophe si connue :
L'Orne comme autrefois nous reverrait encore, etc.
souvent ses plus belles inspirations, rendons hommage au chantre de la nature et admirons librement dans ses poèmes tout ce qu'elle y a mis de grand et de majestueux.
Malgré la noblesse et la largeur de ses peintures, du Bartas n'est point un peintre dédaigneux de la précision, qui substitue sa fantaisie à la vérité. Les détails n'échappent point à son œil ; il ne recule devant aucune partie de l'œuvre qu'il a entreprise. S'il nous retrace avec une réalité saisissante le combat de l'éléphant et du dragon (1), il représente avec autant de soin ce grenouiUon
qui, formé du devant,
Non du derrière encor, dans la bourbe se joue. Moitié vif, moitié mort, moitié chair, moitié boue (2).
C'est avec une exactitude minutieuse qu'il analyse les maladies de l'espèce humaine (3), qu'il décrit les instruments de physique ou de cosmographie en usage au XVI® siècle (4), qu'il explique ou figure les expériences scientifiques dont le sujet de ses poèmes l'amène à traiter. Souvent même, pour le seul besoin d'une comparaison, U poursuit avec autant de fidélité que d'aisance tous les détails des phénomènes naturels les plus compliqués, comme celui de la distillation :
Car, comme en l'alambic la braise soufletée Eslève une vapeur qui, peu à peu montée Au sommet du chapeau, et, moite, ne pouvant Sa flairante sueur faire aller plus avant. Mollement s'espaissit, puis tombe goutte à goutte, Claire comme cristal dans le verre s'esgoute, La plus subtile humeur qui flotte dans les mers Est des rais du soleil portée par les airs (5).
Nous avons déjà remarqué la précision du poète dans des descriptions d'un autre genre ; celle de la bataille d'Ivry est assez exacte pour être invoquée par des historiens comme un document capable de faire autorité. Quel que soit le sujet et le genre de ses peintures,
(1) yr» Sem., ch. VI.
(2) /™ Sejn., ch. II.
(3) -8" Sem. — Furies.
A] 3' Sem. — Colomnes.
(5) i"Sem., ch. II.
du Baitas se garde toujours avec soin de tomber dans lo vague et le convenu, fatals à la poésie descriptive.
Ce sentiment do la réalité, qui est en lui si vif, a même servi de prétexte à une curieuse anecdote. Pour se préparer à sa fameuse description du cheval, il se serait, dit-on, enfermé dans une chambre, « se mettant à quatre pattes, soufflant, hennissant, gambadant, tirant des ruades, allant l'amble, le trot, le galop, à courbette, et tâchant par toutes sortes de moyens à contrefaire le cheval » (1). Qu'on ait pu raconter du poète un pareil trait, c'est assez pour montrer combien il avait souci d'être toujours exact; il y a là, après tout, un hommage rendu à son amour pour la vérité.
Si cette anecdote est plus plaisante que vraisemblable, du Bartas fut du moins entraîné par une préoccupation jalouse de la fidélité la plus minutieuse dans certaines singularités de style qui doivent leur origine à une fausse vue de l'imitation poétique. Ce que l'on connaît le mieux de ses œuvres, ce sont peut-être les quatre vers dans lesquels il veut rendre le chant de l'alouette :
La gentile alouette avec son tire-lire
Tire lire à l'iré, et tire-lirant tire
Vers la voûte du ciel : puis son vol vers ce lieu
Vire, et désire dire, adieu Dieu, adieu Dieu (2).
Voilà, dit Sorel, « chose qui ne serait pas bonne, non pas même dans le poème macaronique de Antonius de Arena, ni dans celui de Belleau». Ces espèces d'onomatopées bizarres sont pourtant assez nombreuses chez du Bartas. Quand elles consistent en un mot forgé par le poète (3), nous n'avons plus affaire qu'à une question de vocabulaire. Mais il arrive souvent qu'elles se développent en plusieurs vers. C'est ainsi que l'écho est laborieusement imité dans le passage suivant de la 2° Semaine :
Ainsi que les pasteurs qui, du long d'une croupe, Voyans descendre un loup vers la laineuse troupe, Crient : au loup, au loup ; le haut mont coup sur coup, Coup sur coup la forest respond : au loup, au loup (4).
(1) Cette anecdote est rapportée par Sainte-Beuve, d'après Naudé. Op. cit.
(2) /'-e Sein., ch. V.
(3) Il dit que le chasseur fait « trantraner» son cor, et qu'on entend « dridriller» la sonnette argentine.
(4) 3" Semaine. — Capitaines,
Ailleurs, le poète essaie de reproduire le son des canons :
Et leur ton ton-tonnant erre et prompt rond le rond Du plancher estoilé (1).
Dans un autre endroit il cherche à lutter avec le bruit du tonnerre :
Comme le feu caché dans la vapeur espesse Marmotonne, grondant, la nue qui le presse Canonne, tonne, estonne, et d'un long roulement Iré fait retentir le venteux élément (2).
Il s'explique lui-même sur ce procédé, à propos d'exemples analogues. « Pour me convaincre d'erreur, dit-il, mes envieux allèguent ces vers : Le champ plat bat, etc. (3) ; item celuvci : bruyant, errant (4), etc., avec les deux ou trois précédens. Mais, ô bon Dieu, ne vovent-ils pas que je les ay faits ainsi de propos délibérez et que ce sont deux hypotyposes dont l'une exprime la course d'un cheval, l'autre le bruit d'une charette d'assier que je faj rouler sur un pont de fer à l'imitation de celle de Salmonée » (5'i '? Cette naïve justification montre quelle singulière idée du Bartas se faisait de l'imitation dans la poésie : les vers que nous venons de citer ne sont plus qu'un jeu enfantin, non moins stérile que laborieux.
Mais il faut se garder d'imputer au seul auteur de la Semaine une fausse conception qu'il est facUe de retrouver chez bien des poètes de l'époque. Pasquier, dans ses Recherches de la France, après avoir cité les vers les plus remarquables où Virgile a recherché des effets d'harmonie imitative, donne de Marot l'épitaphe suivante, composée en l'honneur d'un cheval :
La vite virade, Pompante pennade, Le saut soulevant, La roide ruade.
Prompte pétarrade J'a}' mis en avant, etc.
(1) Lépanthe.
(2) Furies.
(3) Le champ plat bat, aJbat, destrape, grappe, attrape Le vent qui va devant
(4) et dans la chartre horrible
Bruyant, courant, errant, terrible, horrible, rible.
(5) Préface aux deux Semaines.
Vient ensuite ce passage de Jacques Pelletier, où celui-ci nous montre les laboureurs qui
Conséquemment vont le bled battre Avecques mesure et compas, Coup après coup et quatre à quatre Sans se devancer d'un seul pas.
« Et toujours Pelletier en la description du printemps, sur le cliant de l'alouette, sans innover aucun mot fantasque, comme fit du Bartas sur pareil sujet :
Sublime en l'air vire et revire
Et j déclique un joli cri
Qui rit, guérit, et tire l'ire
Des esprits mieux que je n'escri » (1).
On le voit, dans les essais que du Bartas fit en ce genre, Pasquier blâme, non point la bizarrerie et la fausseté de la conception en ellemême, mais l'emploi de quelques mots a fantasques » ; la meilleure preuve en est l'éloge qu'il accorde aux exemples de Pelletier, inspirés par la même théorie de l'imitation poétique (2).
En veine de citations, l'auteur des Recherches donne bientôt après les vers qu'il a composés lui-même, « en se voulant jouer, sur le chant d'un rossignol » :
Il me caresse tantost D'un tu tu, puis aussi tost Un tôt tôt il me bégaye ;
et ceux dans lesquels il a voulu représenter « l'éclat du tonnerre » :
Jupin, pour parer à l'outrage Et à la détestable rage De ces furieux loup-garous, S'esclatant d'un crj craqua tous.
Ces vers et ceux qui les précèdent ne le cèdent point en ridicule aux
(1) Rech. de la Fr., éd. in-foL, fol. 634.
(2) Pelletier lui-même, dans son Art poétique (liv. I, vers la fin), s'autorise de certains vers de Virgile pour se vanter d'avoir « rendu en son rossignol quelque chose du chant de l'oiseati, et en sa foudre l'éclat du tonnerre. »
inventions analogues de notre poète ; ils montrent que, dans ses « hjpotyposes », l'auteur des Semaines se conforme à l'idée commune de son siècle sur l'harmonie d'imitation. S'il faut lui imputer un tort, c'est celui d'avoir, au gré de ses contemporains, assez bien réussi dans ce genre pour inspirer à son tour des imitateurs. Les vers sur l'alouette, qu'il avait imités de Pelletier, furent un thème bien souvent repris et remanié soit en français, soit en latin. En français rappelons ce passage de Gamon (1), qui renchérit sur son modèle :
L'alouette en chantant veut au zéphyre rire Lui crie vie vie, et vient redire à l'Ire : 0 L^e fuy, fuy, fuy, quite, quite ce lieu. Et vite, vite, vite, adieu, adieu, adieu.
En latin, citons les hexamètres suivants que Ton trouve dans un recueil du jésuite belge Antoine de la Cauchée (1584-1625). Le titre général de l'ouvrage est d'ailleurs : La pieuse alouette avec sa lire-lire ; le petit cou et plumes de notre alouette sont chansons spirituelles qui toutes lui font prendre le vol, etc.
Ipsa suum tirelis, tirelis, tire, tir, tire, tractim Ingeminans, secat astra le vis, dein tramite recto Ima petens : di, di, di, di, inquit AJauda, valete.
Ces devanciers (2), ces imitateurs du poète peuvent lui servir d'excuse ; nous n'alléguerons pas à sa décharge l'opinion de l'abbé Dehlle, qui trouvait charmants les \ers de Taiouette, ou celle de J.-B. Rousseau qui les enviait à l'auteur des Semaines. Par bonheur, s'il lui arrive de s'amuser gravement à ces puérilités d'harmonie imitative et de confondre l'imitation poétique avec la « singerie » (3), de telles billevesées sont en définitive bien rai'es dans ses poèmes, vu leur caractère essentiellement descriptif.
(1) Op. cit.
(2) On peut rapprocher de toutes ces liypotj^poses la traduction grecque du chant des grenouilles qu'Aristophane a transcrit dans sa comédie. Shakespeare a reproduit le cri du hibou par la notation : Tau ou, ton wit, ton ou, et celui du coq par la notation ; Cock a doudel doue.
(3) Sainte-Beuve, op. cit.
Nous avons hâte de laisser ces ridicules jeux d'esprit pour arriver à ce qui fait surtout le caractère original et personnel de notre poète, considéré comme le chantre de la Nature.
Rien de plus monotone qu'un versificateur qui décrit pour décrire; ainsi comprise, la poésie n'a plus d'âme; elle peut être un brillant miroir du monde, mais elle ne parle pas au cœur. Chez du Bartas, nous l'avons déjà dit, le poète et l'homme sont étroitement unis et confondus. Comme il représente l'esprit de Dieu soufflant la vie dans la masse informe et inerte du chaos, lui-même écrit un poème qui, d'un bout à l'autre, est toujours animé de sa propre âme, répandue pour ainsi dire dans les membres de ce grand Tout, dont il célèbre la création. Or, ce qui domine chez du Bartas, quand on leconsidère comme un poète descriptif, aussi bien qu'à tout autre égard, c'est la tendance morale et religieuse. Pour lui, la nature est avant tout l'œuvre de Dieu, le symbole de sa grandeur, de sa sagesse et de sa bonté. Son principal ouvrage n'est guère qu'un long développement de ces paroles du psalmiste : cœli enarrant Dei gloriam. De nombreuses citations mettront en lumière cette vue générale de l'univers qui marque l'originalité du poète : dans un siècle où la nature était plutôt aimée pour les plaisirs qu'elle donne, pour les rêveries et les impressions poétiques dont elle est la source, il lui demande surtout les enseignements et les leçons morales que l'homme peut en tirer. L'auteur de la Semaine voit Dieu dans toutes ses œuvres :
Jamais le gay printemps à mes yeux ne propose
L'azur du lin fleury, l'incarnat de la rose.
Le pourpre rougissant de l'œillet à maints plis,
Le fin or de Clitie et la neige du lis,
Que je n'admire en eux le peintre qui. . . etc.;
Et bref, soit que mes pieds foulent l'herbe des prez,
Qu'ils grimpent sur les monts, qu'ils brossent es forests.
Je trouve Dieu partout (1).
Il regarde cette « ronde machine »
Comme estant un miroir delà face divine (2),
(1] y« Se»n., ch. III.
(2) 1^'Sem., ch. I.
comme une docte école
Où Dieu son propre honneur annonce sans parole (1).
Sa pensée s'accuse de plus en plus dans les vers suivants :
Le monde est un théâtre où de Dieu la puissance, La justice, l'amour, le sçavoir, la prudence. Jouent leur personnage, etc. (2).
Enfin la voici à son dernier degré de précision dans cette comparai- m
son qu'on pourrait donner comme épigraphe à tout le poème : "
Le monde est un grand livre où du souverain maistre L'admirable artifice on lit en grosse lettre. Chasque œuvre est une page et chasque sien efi'et Est un beau caractère en tous ses traits parfait (3).
Le devoir de l'homme est justement de « lire » Dieu dans le spectacle du monde :
Il veut que notre âme séquestrée
Des négoces humains, lise en la voûte astrée '
Dans la mer, dans la terre et dans l'air éventé
Son prévoyant conseil, son pouvoir, sa bonté.
Afin que tant de corps sojent autant de bons maistres
Pour rendre grands docteurs ceux qui n'ont pas de lettres (4).
Du Bartas glorifie Dieu dans ses œuvres. Il le reconnaît dans les spectacles magnifiques de la nature, dans la merveilleuse architecture du corps humain ; il l'admire aussi dans ses plus humbles ouvrages et n'a pas le dédain d'un Buttbn pour ces petits insectes qui « valent autant qu'un monde » :
Mon livre, heureux tesmoin de mes heureuses veilles, Ne rougi de porter les mouches, les abeilles, Les papillons cornus et cent mil autres vers Paints sur ton blanc papier du crayon de mes vers. Puisqu'ils sont de la main de cet ouvrier qui, etc. (5).
(1) ^w» Sem., ch. I. (4) 1" Sem., ch. VII.
(2) Ibid. (5) Ibid., ch. V.
(3) Ibid.
Mais le poète de la Semaine ne se contente pas de célébrer le Créateur en chantant les merveilles de la Création : il tire encore, chaque fois que l'occasion s'en présente, les enseignements pratiques, les préceptes de morale, les leçons de conduite que Dieu nous propose en mainte page du a grand livre » de la Nature. Les mêmes particularités de physique et d'histoire naturelle doat Montaigne argue contre la raison, du Bartas s'en sert pour son apologie religieuse et morale (1). Dans le chapitre VII du deuxième livre des Essais, on rencontre des traits et même des tableaux qui se trouvent chez du Bartas avec une conclusion tout opposée. Pour le poète, les astres, les plantes, les animaux, sont une source d'enseignements ; partout chez lui l'exhortation et la sentence :
. . . depuis les clous d'or du viste firmament
Jusqu'au centre profond du plus bas élément,
Chose tu ne verras, tant petite soit-elle.
Qui n'enseigne aux plus lourds quelque leçon nouvelle (2).
Cette vue morale de l'univers, du Bartas la développe avec une candeur souvent bizarre à la fin du dernier chaut de la première Semaine. Il faut y lire comment les planètes nous apprennent à suivre la volonté de Dieu ; la lune, que nous n'avons rien sinon par emprunt ; l'air, que l'affliction nous est nécessaire ; la mer, que rien ne nous doit faire outrepasser la loi de Dieu ; la terre, qu'il nous faut être constants. Les épis de blé nous enseignent à être humbles, la cannelle nous donne des leçons d'honneur, le diamant et l'or nous exhortent enfin à la fermeté.
Ce sont là des exemples empruntés aux corps qui n'ont point de vie; mais, continue le poète, les enseignements des corps vivants touchent plus les esprits : l'épervier donne des conseils aux ingrats, l'aigle aux pères, la tourtre à la femme infidèle, les oyes aux babillards, certains poissons aux mères « qui refusent à leurs fils leurs nourrices mamelles », les araignées aux époux, les chevreuils aux enfants, etc. « Le poète (3) pose ici les fondements d'une physiologie religieuse, digne de tous chrestiens, très-utile et nécessaire aux théologiens : et dedans les livres des anciens docteurs, nommément
(1) Sayous. Ecriv. de la Réform.
(2) /« Sem., ch. VII.
(3) Commentaire de S. Goulart, édit. de 1611.
(le Clirysostôme, il y on a de? fragniens espars, pleins de singulière instruction. »
Cette « physiologie chrestienne » dont parle Simon Goulart et qu'il fait remonter jusqu'à saint Jean Chrysostôme, servit bien souvent de thème à nos anciens rimeurs. Il suffit de rappeler ici les manuels d'histoire naturelle ou d'astronomie, qui, versifiés d'abord en latin par les théologiens et les clercs, avaient été imités ou traduits par nos poètes du XIP et du XIIP siècle. Les allégories delà Semaine, surtout dans les singularités que nous avons signalées, se rattachent à ce symbolisme universel du moyen âge, dont s'étaient inspirés Philippe de Than, Gervaise et beaucoup d'autres. La littérature zoologique et cosmographique de cette époque est perpétuelment dominée par des préoccupations morales et religieuses : la vérité scientifique n'importe guère ; on cherche dans la science, non pas la science elle-même ou ses applications d'utilité matérielle, mais plutôt des préceptes de conduite et des maximes de morale. Nous retrouvons cette tendaace dans tous nos Bestiaires, Volucraires ou Compuis, qui rivalisent d'ingéniosité pour tirer des objets ou des phénomènes naturels ces leçons de vertu et ces enseignements pratiques dont les descriptions et les tableaux ne sont qu'un prétexte (1:.
Faut-il croire que du Bartas se soit inspiré de ces anciens poèmes ? Ils étaient ensevelis, de son temps, dans un profond oubli, et nous ne pouvons guère supposer qu'il les ait connus. C'est plutôt des « anciens docteurs » qu'il procède : au reste, nous retrouvons dans l'esprit même du protestantisme contemporain cette tendance morale qui dégénère quelquefois chez du Bartas en raffinements bizarres et pédantesques, mais qui donne à son poème un caractère si élevé. Les versificateurs du moyen-âge ne voyaient en général dans les compositions religieuses qu'un moyen de racheter leurs péchés de jeunesse, ou considéraient la matière des Computs comme un cadre tout prépai'é pour des rimes commodes : du Bartas, ainsi
[l] Cf. l'analj'so du Dit des Planètes (Aubertin, Hist. de la Utt. fr., t. II, p. 64;. — Dans le Bestiaire de Gervaise, publié parla Romania (n* 4, oct. 1>?72), le centaure est comparé à l'hypocrile (v. 329-314) ; le phénix à Jésus-Christ (v. 1009-1052] ; le cerf a a signifiance d'homme qui fait sa pénitence» [v. 10T5-10~6] ; le crocodile « a de mort semblance et d'enfer a signifiance » .'v. 293-594), etc., etc. — Dans le Comput de Philippe de Than 'édit. Trùbner, Strasbourg, 13T3\ on peut voir l'explication allégorique de tous les signes célestes ;iiv. III, p. ."30 et seq.), et celle de tous les jours de la semaine (liv. I, p. 1" et seq.}.
que nous l'avons dit, mot dans son œuvre tout son cœur et toute son âme. D'ailleurs, quelque mérite qu'on puisse reconnaître à certains de nos plus anciens poèmes zoologiques ou astronomiques, il n'y a pas de comparaison possible entre ces almanachs rimes et un monument aussi riche, aussi imposant, aussi grandiose que la Semaine.
Quoiqu'il en soit, l'œuvre de notre poète mérite bien le nom de « didascalique » parmi tous ceux que nous l'avons vu y appliquer. Dans son Avertissement il va même jusqu'à s'excuser des ornements qui égaient le poème : le but qu'il poursuit, c'est en premier lieu l'instruction du lecteur. Entre les louanges de toutes sortes que les contemporains lui adressaient, ils n'avaient garde d'oublier celle qui pouvait le plus toucher son cœur. « Ceux qui feuillètent du Bartas pour en tirer seulement du plaisir et trier quelques mots ou élégances qui leur plaisent le plus, ressemblent celuy qui cultiveroit un riche champ pour en cueillir seulement des fleurs, dont il feroit des chapelets et bouquets de briève durée, et ne tiendrait compte des fruits savoureux et nécessaiies à la vie humaine dont il pourroit faire bonne provision. » Ainsi s'exprime l'éditeur de 1611 dans son Adresse an lecteur. Et plus loin : « Du Bartis enseigne gracieusement,- admoneste sagement, verse es cœurs des jeunes hommes maints honnêtes et agréables préceptes de modestie, d'attrempance, de simplicité, etc. » On serait tenté d'appliquer au poète le principal éloge que Montaigne faisait d'Amyot : ses œuvres sont pour le XVP siècle une école de lieux communs iionnêtes et le répertoire d'une saine et haute morale qu'on ne trouvait guère dans la poésie contemporaine.
Du Bartas aime surtout la nature parce que tout y rend présents à la pensée la puissance et l'amour du Créateur. Non seulement la mer, la terre, le ciel, les magnificences et les sublimes harmonies de la Création élèvent notre âme vers Dieu ; non seulement, comme Platon voulait que les objtîts dont nous sommes entourés fussent la réalisation sensible des Idées éternelles, l'auteur de la Semaine nous environne lui aussi d'innombrables symboles et fait de la nature un miroir de la divinité; mais encore, à ses yeux, tout dans l'univers prend une voix pour donner des leçons à l'homme, depuis les êtres animés jusqu'aux corps inertes; et c'est cette voix dont le poète recueille les exhortations et les préceptes pour en faire lui-môme son profit et pour l'avantage du lecteur.