L'AMI DE LA JEUNESSE
Frédéric Ozanam consacre à la jeunesse le meilleur de son zèle et de son dévoue, ment. Pour lui, pas de bonheur plus grand que « de s'entretenir avec des jeunes gens qui ont de l'intelligence et du cœur ». — Difficultés de tout genre qui menacent le jeune étudiant ; nécessité de lui tendre une main sympathique et fraternelle. — Amabilité et bonté de cœur exquises d'Ozanam ; ardeur de ses affections, générosité de son caractère. — Sa constante fidélité au devoir. 11 prêche à la jeunesse l'amour de l'étude et du travail par ses paroles et surtout par son exemple. — Le succès des grandes entreprises ne s'achète que par l'entente et la persévérance.
ARMi les auditeurs qui se pressaient autour de la cliaire d'Ozanam, il en est à qui il s'adressait avec une préférence visible, et auxquels il réservait dans l'intimité ses plus douces faveurs. Ai-je besoin de le dire? ce qu'il recherchait sur toutes choses, c'était la société, c'était l'amitié des jeunes gens. La jeunesse ! comme elle a le don de plaire et d'attirer ! C'est un bel arbre dont tous les rameaux s'élancent vers le ciel, les orages ne les ont point encore courbés. Et puis, qui ne voit tout ce que ce seul mot renferme d'espérances! De la jeunesse on peut dire en toute vérité qu'elle porte dans ses mains
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les destinées de la religion, de la société, de la patrie : fcne et vertueuse, elle peut relever un peuple abattu ; S-jvole et coupable, elle peut précipiter la ruine des aations les plus prospcic-. Comment donc cesseraitsÏÏQ un instant de préoccuper quiconque, au delà du grésent, fixe ses regards sur l'avenir?
Pour les jeunes gens ses contemporains, Ozanam ait un ami incomparable. Comment^ en effet, cette âme, aussi simple et candide que vaillante, n'eût-elle pas été avide de répandre autour d'elle la contagion du dévouement et du courage ? comment, pour parler srec le P. Lacordaire, n'eût-elle pas été ravie par ces témoignages échangés de foi mutuelle et de tendresse désintéressée qui, dans des cœurs jeunes et chrétiens, brillent d'un éclat plus pur et plus aimé que toutes hs victoires ?
Sait-on sous quelles poétiques images concevait famitié celui qui l'a si heureusement définie : une association de deux âmes pour le bien ? Voici une lettre de ses vingt ans, adressée à un camarade d'enfance : « Nos âmes sont comme deux jeunes étoiles qui se lèvent ensemble et s'entre-regardent à l'horizon : une vapeur légère peut passer entre elles et les voiler :iuelques heures ; mais bientôt l'illusion se dissipe, et elles reparaissent pures, intactes, brillantes l'une pour l'autre, et elles se retrouvent sœurs... L'amitié est une vierge timide et jalouse, le moindre souffle de froideur la fait frissonner (i) ».
fiJT. X, p. 68. — Ces lisnes et tant d'autres non moins char-
Vingt ans plus tard, au déclin de sa vie, pendant son dernier exil à Pise, ces sympathies du cœur se retrouvent en lui tout entières: « Cher ami, écrit-il à un de ses collègues, après les consolations infinies qu'un catholique goûte au pied des autels, après les joies de la famille. Je ne connais pas de bonheur plus grand que de parlera des jeunes gens qui ont de Tintelligence et du cœur. Ah ! pauvre Sorbonne ! que de fois je retourne en pensée vers ses murs noirs, dans sa cour froide, mais studieuse, dans ses salles enfumées, mais que j'ai vues remplies d'une si généreuse jeunesse (i) !»
C'est qu'en effet, malgré les années, malgré les épreuves, malgré les souffrances, si l'imagination se modère, si la part de la réflexion a grandi, celle du cœur chez Ozanam est demeurée intacte. On sent qu'on se trouve en présence d'une de ces natures privilégiées auxquelles s'appliquent ces paroles d'un célèbre écrivain :
« Il y a des âmes d'élite chez lesquelles la foi n'exclut ni la bienveillance ni le besoin des affections humaines, et qui conservent, tout en aimant Dieu, des allures sympathiques et indulgentes... Heureux celui
mantes que renferme le premier volume des Lettres d'O^anam m'ont souvent rappelé cette pensée de Vauvenargues : « On ne trouve nulle part l'amitié si vive et si solide que dans les esprits timides et sérieux dont l'âme modérée connaît la vertu : car elle soulage leur cœur oppressé sous le poids du secret, détend leur esprit, l'élargit, les rend plus confiants et plus vifs, se mêle à leurs amusements, à leurs affaires et à leurs plaisirs mystérieux : c'est l'âme de toute leur vie » (i)T. XI, p 5o2.
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qui connaît de telles âmes ! plus heureux encore celui qu'elles honorent de leur amitié î Partager avec Dieu l'affection d'un grand cœur, illuminé par un esprit droit et lucide, n'est-ce pas obtenir sur la terre un avant-goût des Joies du Ciel ? »
Tel fut le bonheur des nombreux jeunes gens dont Ozanam v^cui constamment entouré. C'est sur eux. Je le répète, qu'il reportait ses constantes sollicitudes; c'est à eux surtout qu'il brûlait de communiquer le feu de ses nobles aspirations. Il eût voulu en faire autant d'apôtres en les entraînant à sa suite dans les étroits sentiers de la vie chrétienne. C'est chose rare assurément qu'une sympathie aussi ardente, qu'un dévouement aussi éclairé, aussi dégagé de tout intérêt terrestre, aussi surnaturel, s'il est permis de parler ainsi» dans son origine et dans son objet. Mais, sans même nous élever à ces hauteurs familières à la foi généreuse d'Ozanam, dans nos grandes villes où les exigences impérieuses de la civilisation moderne poussent tant de fils prématurément éloignés du foyer paternel, nous sommes-nous souvent demandé : que fait-on pour la jeunesse ? qui s'empresse de lui tendre une main bienveillante et secourable pour l'empêcher de sombrer sur les écueils ? qui se dévoue à elle afin qu'au milieu de ces cités populeuses, elle ne rencontre pas la soli-^ tude, c'est-à-dire le découragement et l'ennui ? qu» songe à remplacer auprès d'elle les tendresses d'une mère, le dévouement d'un frère, l'affection de toute une famille ?
Le travail est souvent bien aride, l'accomplissement
du devoir impose plus d'un sacrifice : où le Jeune homme ira-t-il chercher un visage qui lui sourie, une main qui serre amicalement la sienne, un cœur à qui il puisse ouvrir son cœur ? sait-on ce qu'il lui faut souvent de vertu et de conviction pour re'sister à tous les entraînements coupables, en l'absence de toute jouissance légitime ? Que l'on veuille y réfle'chir, parmi tant de beaux rêves provoqués par la pressante nécessité d'une régénération sociale.
Du reste, ce n'est pas seulement la sauvegarde morale de la jeunesse, c'est encore son développement intellectuel qui est ici en cause. Une riche nature peut rester comme endormie, si rien ne la sollicite, et ignorer toujours les dons qu'elle avait reçus. De nos jours la jeunesse n'arrive que trop tôt à se désintéresser des nobles ambitions, et ce sont des hommes d'un autre âge qui sont obligés de la retenir sur la pente de son abdication. Elle a besoin d'entendre autour d'elle des voix aimées, seules capables de remuer profondément les cœurs et de leur imprimer une durable impulsion. On connut cette belle parole d'un Père de l'Eglise: « Les âmes s'allument l'une à l'autre comme des flambeaux. » Rien ne saurait suppléer à ce contact intime. « Tel est le malheur des livres, aucun n'est écrit pour nous. La parole vivante, sortant d'une âme qui comprend la nôtre, est bien plus puissante. Je suis toujours inquiet, quand je recommande des livres, parce que presque jamais un livre ne tombe juste. Mais l'âme ! il ne lui faut qu'un moment pour en
deviner une autre et lui donner ce dont elle a besoin (i) ».
Il est des natures timides et concentrées qui évitent en quelque sorte les conseils et se dérobent aux synipaihies. Une réserve excessive, une défiance exagérée d'elles-mêmes paralyse l'essor de leurs plus belles qualités. Parfois c'est un chagrin précoce, une déception poignante et imméritée, ou quelque circonstance soigneusement cachée dans leur existence qui les menace, au seuil même de la carrière, d'étendre sur la vie entière un voile d'isolement et de tristesse. Gomment fondre cette glace et les tirer de cet état qui leur pèse et leur ôte la force de travailler au bien général ? Les joies et les récompenses du monde glissent sur ces cœurs sans y pénétrer : seule la douce chaleur d'une amitié éprouvée peut les ouvrir à la confiance, et y faire germer les généreuses résolutions.
Il est au contraire des caractères passionnés auxquels songeait Bossuet quand il écrivait ces belles paroles : « Vous dirai-je ce que c'est qu'un jeune homme de vingt-deux ans ? Quelle ardeur, quelle impatience, quelle impétuosité de désirs ! Cette force, cette vigueur, ce sang chaud et bouillant, semblable à un vin fumeux, ne leur permet rien de rassis ni de modéré. » Ici encore, que deviendra cette énergie exubérante, si l'ascendant d'un maître aimé ne réussit pas à lui mettre un frein et à la diriger vers l'honneur et la rertu ?
(i) Le P. Lacordaire, Lettres à des jeunes gens.
Dli FRLDERIC OZANAM 22 L
Aimez donc la jeunesse, vous tous que la Providence ou la socie'té a appelés plus spe'cialement à veiller sur 2lle : aimez-la, c'est-à-dire dévouez-vous à elle, prenez intérêt à ses joies comme à ses peines et, dans les moments difficiles, sachez lui tendre une main fraternelle. Voulez-vous qu'elle vous prête une oreille docile ? Parlez-lui un langage qu'elle comprenne et où elle retrouve l'écho non de ses erreurs et de ses faiblesses, mais de ses aspirations et de ses espérances ; prouvez-lui qu'à travers les vicissitudes de l'existence vous avez gardé ce qu'un contemporain appelait « la clef des archives du cœur ». On l'a dit avec raison, il faut de la gaieté et de l'entrain dans le gouvernement de la jeunesse, afin que, se sentant heureuse dans l'observation de la règle, elle ne soit pas tentée de chercher la joie loin du devoir. Qu'on ne craigne pas de trop exalter ses saintes ambitions: assez tôt le temps se chargera de les refroidir, parfois, hélas! de les éteindre. Les grandes générations, a dit avec raison un publiciste, sont celles qui, après bien des luttes et bien des mécomptes, arrivent au soir de la vie à réaliser une partie des rêves du matin (i),
(i) Je me plais à citerici quelques lignes d'un des plus dignes héritiers d'Ozanam, M. Heinrich, enlevé, lui aussi, dans la force de l'âge, par une mort prématurée, à la science et au catholicisme qu'il honorait également par son enseignement et ses travaux : « C'est par les jeunes gens qu'on renouvelle le monde, et, pour être compris de leurs imaginations ardentes, il faut rester toujours jeune... Aussi ceux qui ont eu le don de parler à la jeunesse ont-ils constamment conservé cette foi dans l'avenir, cette ardeur qui a effrayé les pusillanimes, scandalisé les esprits étroits, irrité les intolérants, et qui, en somme, leur
Ozanam l'avait compris : il s'était fait de l'amitié chrétienne, telle que nous venons de la dépeindre, le premier comme le plus doux des devoirs ; c'est elle qui, par une juste récompense, a entouré son front d'une immortelle auréole. Après quarante ans de séparation, ceux de ses amis qui survivent encore ne peuvent évoquer son souvenir sans une véritable émotion. Sa sollicitude suivait même au delà des frontières de la France, même au delà des mers, ceux à qui elle se dévouait : dans un échange aussi fraternel de pensées, de vues et de sentiments, quelles lumières pour l'intelligence, quel renouvellement et quel rajeunissement pour le cœur ! (i)
Les hommes d'une renommée déjà consacrée cèdent volontiers à l'inévitable tentation de faire sentir aux autres leur supériorité. Un philosophe contemporain l'a fait observer avec justesse dans son langage un peu abstrait : une grande supériorité intellectuelle isole plus que toute autre chose, et si elle s'unit à une haute position sociale, elle creuse entre un homme et un autre un large abîme que la bonté du cœur peut seule aider à franchir : car la bonté est le principe opposé, le principe unifiant qui identifie chaque être avec le propre moi ; c'est une qualité transcendante qui ne saurait se mesurer à aucune autre perfection. Elle éclipse et rejette dans l'ombre
a fait gagner tant d'âmes, ramener à Dieu tant d'intelligences. B
■(i) Voir notamment sa correspondance avec Jean-Jacques Ampère.
même la beauté, même les plus brillantes qualités de l'esprit, même le génie. Or, la bonté, voilà bien en €ffet le secret qui explique l'extrême popularité d'Ozanam ; voilà ce qui lui communiquait quelque chose d'attirant et d'irrésistible. Il a écrit en parlant de Dante : « Au milieu des occupations austères de la science il n'avait perdu ni le sens délicat des beautés de la nature, ni la promptitude des émotions généreuses, ni même cette crédulité naïve qui parfois provoque le sourire. » Pour peindre l'illustre poète de Florence, on dirait qu'il s'était d'abord interrogé lui-même.
Ne joignait-il pas, en effet, des manières dégagées de tout apprêt à ce fonds inépuisable de modestie dont sa correspondance intime nous offre tant de preuves touchantes? Il avait au plus haut degré ces vertus, les plus précieuses comme les plus rares, qui ne se doutent pas d'elles-mêmes, que rien n'effraie autant que les applaudissements; ces vertus de tous îes jours et de tous les instants, dont chacun jouit et <^ue nul ne remercie, tant elles prennent soin de ne pas se faire remarquer. Dans sa conversation, la siàreté de son jugement, la richesse de ses connaissances étaient relevées par de spirituelles saillies, par des traits sans malice, agréments naturels d'un esprit ingénieux et varié. Il savait combien certains airs de vanité, de hauteur ou même d'austérité affectée alarment promptement l'amour-propre et la fierté habituelle des jeunes gens; lui, d'un tempérament si grave, si réfléchi, il s'associait à leurs projets et,
sans jamais pactiser avec leurs e'garements ni leurs fautes, il ménageait délicatement leurs illusions. Son zèle pour diriger leur inexpérience et soutenir leur faiblesse ne connaissait pas de bornes.
C'était une de ces âmes qui tournent contre elles toutes les austérités de la vertu, pour n'en laisser sentir aux autres que les charmes. Les habitudes de forte discipline qu'il avait contractées dès sa jeunesse n'ôtaient rien chez lui à la fraîcheur des sentiments. Si l'un de ses amis, placé en face des séductions du plaisir, semble hésiter sur la route à suivre, voici en quels termes pressants il plaide auprès de lui la cause du devoir :
« Le monde est une lime de fer qui use bien aes jeunes vies : ne lui donne pas la tienne; si tu ne cro3'ais à rien, permis à toi de dire : Courte et bonne : Coroneuius nos rosis antequam mavcescant... Chrétien et croyant à Dieu, à l'humanité, à la patrie, à la famille, souviens-toi qu'à eux et non pas à toi appartient ton existence, et qu'il vaudrait mille fois mieux languir durant un demi-siècle en donnant aux autres l'exemple de la résignation et en faisant un peu de bien, que de s'enivrer pendant quelques mois de bruyantes délices et de mourir dans son délir'2(i). »
Ailleurs ce ne sont plus des conseils, mais une invitation éloquente : « Maintenant, mon cher ami, que nos mains s'étreignent plus fort que jamais. L'avenir est devant nous, immense comme l'Océan : hardis
nautoniers, naviguons dans la même barque et ramonsensemble ; au-dessus de nous la religion, brillante e'toiie qu'il nous est donné de suivre; devant nous le sillage glorieux des grands hommes de notre patrie et de notre doctrine ; derrière nous nos jeunes frères, nos compagnons, plus timides, qui attendentrexemple(i).j)
S'agit-il enfin, dans les luttes de la vertu, non plus d'exciter au combat, mais de célébrer une victoire? alors sa plume émue rencontre les expressions les plus touchantes, commentaire éloquent de ce cri d'admiration de la sagesse éternelle en face de la vertu du jeune, homme : Quam pulclu^a est generatio casta cum claîiîate (2) !
Voilà comment Ozanam aimait la jeunesse, voilà comment elle doit être aimée. Il savait d'ailleurs que pour obtenir non seulement ses sympathies, mais son respect et son estime, il faut au conseil ajouter l'autorité persuasive de l'exemple, il faut marcher à sa tête dans la route qu'on lui trace, il faut affronter et vaincre les difficultés contre lesquelles on veut l'armer de courage.
S'il est une disposition, j'allais dire une vertu, nécessaire au jeune homme, dans quelque condition que l'ait placé la Providence, c'est l'amour du tra-
(2) Comment ne pas songer ici à tant de lettres non moins inspirées du P. Lacordaire, où se rencontrent des phrases comme celle-ci : a L'aroire de la jeunesse a survécu aux enchantements trompeurs di. a première liberté, et je reconnais dans votre style, seule image où je puisse vous voir aujourd'hui, la grâce de votre parole et la virginité de votre front. *
Tail : sur un sol laissé inculte les plus chauds rayons du soleil de l'été ne sauraient faire germer ni mûrir lies moissons. Mais qui est moins assujetti à sa tâche que le jeune étudiant ? qui cède plus aisément à toutes les distractions qui se pressent sur sa route ? qui est plus exposé aux mille tentations du laisser-aller et de la paresse ? Qui donc a besoin d'avoir plus fréquemment sous les yeux, comme un encouragement ou comme un reproche, le spectacle de ce dévouement au travail, de cette régularité sévère, de cette persévérance qui lui est si indispensable et dont il semble parfois se préoccuper si peu ? — Recueillons ici l'exemple vraiment admirable qu'Ozanam a donné à ses contemporains et légué à la postérité.
Un de ses contemporains lui a rendu ce beau témoignage : « Je n'ai pas rencontré d'homme qui prît si fort à cœur les grandes choses, la poésie, la religion, l'art, l'éloquence et la philosophie. C'était un esprit d'élite, travaillé pour ainsi dire par la passion des grandes idées et des nobles sentiments, et en même temps une de ces âmes fortes qui, à mesure que les illusions évanouies font apparaître plus distinctement les austérités du devoir, s'arment pour l'accomplir d'un courage nouveau. »
Riche de son propre fonds, il se fit néanmoms du travail, jusqu'à sa dernière heure, une obligation sacrée : cet effort d'application, qui a pu contribuer à abréger ses jours (i), était favorisé en lui par la séré-
(i) Gh, Lenormant écrivait, à ce sujet, dans !e Correspon-
DE FRÉDÉRIC OZAN^M §^7
nité d'une âme pure que ne troublait aucun repentir du passe', aucun calcul ambitieux pour l'avenir. Quelle constante fidélité au devoir dans cet homme qui, malgré ses souffrances, se déclarait en face de Dieu obligé à manier la plume, puisqu'il n'avait pas reçu la force de conduire une charrue? Nul ne poussa volontairement plus loin l'obéissance à cette loi impérieuse du travail que le Créateur, au jour de la chute, a imposée à l'humanité tout entière, sans en excepter les heureux du monde ni les privilégiés de la fortune. Dans un de ses plus mémorables discours, après avoir montré à ses auditeurs cette loi vivante et honorée dans toute la tradition de l'Eglise, Ozanam ajoutait : « Aujourd'hui nous ne travaillons pas... Sept ou huit heures par jour données à la science alarment pour nos misérables santés la sollicitude de nos amis... Sachons-le pourtant, il ne faut pas se croire dispensé par la foi de la fatigue et des veilles. Le travail, châtiment de la déchéance, est devenu la loi de la régé nération. »
Et ailleurs, au Cercle catholique, voici en quels termes, pleins d'une simple mais mâle éloquence, il s'adressait à l'élite de la jeunesse de Paris : « Tous les jours, nos amis, nos frères se font tuer comme
da)it, au lendemain de la mort de son ami : « On dit vulgairement d'un prodigue ou d'un débauché qu'iZ brûle la chandelle par les deux bouts ; qu'on me pardonne celte allusion triviale l je ne trouve pas d'expression plus forte pour rendre cette activité incessante, cette fièvre continue pour le bien et pour le beau qui fut le trait caractéristique d'Ozanam et qui explique qu'il ait vécu si peu, »
■Z>'2i6 LA VIE ET LES ŒUVRES
soldats ou comme missionnaires sur la terre d'Afrique ou devant les palais des mandarins. Que faisons-nous, nous autres, pendant ce temps-là ? Croyez-vous que Dieu ait donné aux uns de mourir au service de la civilisation et de l'Eglise, aux autres de vivre les mains dans leurs poches et de se coucher sur des roses? Ah! Messieurs, travailleurs de la science, gens de lettres chrétiens, montrons que nous ne sommes pas assez lâches pour croire à un partage qui serait une accusation contre Dieu qui l'aurait fait, et une ignominie pour nous qui l'accepterions. Préparons-nous à prouver que, nous aussi, nous avons nos champs de bataille où parfois l'on sait mourir (i). »
De lui, du moins, on peut dire qu'il y mourut. Pour Ozanam, vivre, c'était travailler, et travailler, c'était combattre. Si famille ne le voyait pas sans terreur abréger ses nuits, et se refuser toute distraction lorsqu'il s'agissait d'achever, en dehors de sa tâche ordinaire, une de ces œuvres que lui avaient inspirées et imposées son dévouement à la cause de Dieu. Nature frêle et ardente, arrêté quelquefois par la douleur qui minait sourdement ses forces, il se hâtait de revenir à ses documents et à ses livres. Ses
(i) Ozanam, qui possédait si bien l'histoire des deux civilisations païenne et chrétienne, et qui de leur rapprochement a fait jaillir tant de réflexions profondes, disait un jour : « Les anciens savaient jouir, mais nous avons une autre science : ils savaient quelquefois mourir, mais mourir, c'est bien court ; nous, nous savons ce qui fait la véritable dignité liumaine, ce qui est long, ce qui dure autant que la vie : nous ;.avons travailler et souffrir. »
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meilkurs amis, Ampère à leur tête, craignant pour lui les suites d'une fatigue qu'il cherchait en vain à dissimuler, essayaient de leur mieux de conseiller et de modérer cette ardeur imprudente (i), « Oubliezvous, leur répondait-il, que Dieu, qui nous commande ici-bas quelques années de travail, nous prépare dans le ciel une éternité de repos? »
Plus tard, quand le progrès du mal auquel il devait succomber l'avertit de mettre la main à l'édifice qu"'il avait depuis longtemps construit dans ses rêves, mais dont il n'avait point encore amassé tous les matériaux, il écrit sans hésiter dans une dernière préface ces lignes, digne testament de son grand cœur : « La vie s'avince, il faut saisir le peu qui reste des rayons de la jeunesse. Il est temps d'écrire et de tenir à Dieu la promesse de mes dix-huit ans... Nous sommes tous des| serviteurs inutiles; mais nous servons un maître souverainement économe, et qui ne laisse rien perdre, pas plus une goutte de nos sueurs qu'une goutte de sa rosée... Je ne sais quel sort attend ce livre, ni s'il s'achèvera, ni si j'atteindrai la fin de cette page qui fuit sous ma'plume ; mais j'en sais assez pour y mettre le reste, quel qu'il soit, de rnon ardeur et de mes jours. » Et, à ces lignes que nul ne pourrait lire sans attendrissement, il ajoutait
■^î) La dernière édition des Lettres •{tome H, p. 4^7), con tient les pressantes exhortations que lui adressait, sur ce même sujet, le R. P. Lacordaire : « Vous ne ménagez pas assez le cours de votre carrière... Restez avec nons longtemps. Hélas 1 nous ne nous en irons que trop vite, et si la vie est peu de chose pour soi, il faut s'y attacher pour ies autres. »
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cette parole qui jetait autour de lui la consternation : « Je me suicide, je le sens ; mais Dieu le veut ainsi (i). »
Il n'y a qu'un mot pour qualifier de tels senti» ments : c'est de l'he'roïsme. Mais qu'il est rare (2) 1
Parmi les jeunes gens que la Providence a fait jouir du bienfait d'une éducation libérale, combien se demandent, le jour où elle s'achève, comment ils pourront l'étendre et en multiplier les fruits? Combien, au contraire, anéantissent en quelques mois de dissipation le résultat de plusieurs années d'étude ? Ils désertent la science au moment même où elle leur ouvrirait un utile et peut-être un brillant avenir. L'expérience ne leur a pas encore révélé la vérité de ce mot d'un contemporain : « J'ai fini par comprendre que le travail est encore ce qui use le moins la vie. »
(i) On nous permettra de rappeler, à cette occasion, un trait mémorable d'Ozanam. Peu d'années avant sa mort, retenu chez lui par la fièvre, il apprend qu'à la Sorbonne ses auditeurs murmurent de son absence; il s'y rend aussitôt, malgré ses souffrances, et commence ainsi sa leçon : « Notre vie vous appartient. Messieurs ; nous vous la devons jusqu'au dernier souffle, et vous l'aurez., »
(2) Dans ses dernières années, après une vie toute de labeur et de méditation, un des rénovateurs de la science historique en France, Augustin Thierry, écrivait d'une main déjà défaillante : « Si j'avais à recommencer ma route, je prendrais celle qui m'a conduit où je suis. Aveugle et souffrant sans relâche, je puis rendre ce témoignage qui, de ma part, ne sera pas suspect : il y a au monde quelque chose qui vaut mieux que les jouissances matérielles, mieux que la fortune, mieux que lo santé elle-même : c'est le dévouement à la science. » Selon sa touchante expression, contraint par sa cruelle infirmité de lier amitié avec les ténèbres, à l'intérieur il n'en vivait que d'une vie plus intense.
Sans doute, s'il y a d'heureuses natures qui arrivent a la renommée sans pâlir sur les livres, elles ne sont et ne peuvent être que l'exception ; l'extrême facilité d'écrire est même généralement un signe caractéristique de médiocrité. Par elle-même, la méditatioR solitaire n'a rien qui plaise à l'enfance ou qui séduise la jeunesse; mais il est si doux de s'y plonger pour Dieu et sous le regard de Dieu ! Quelles satisfactions intimes l'étude ne réserve-t-elle pas à ceux qui s'y adonnent avec amour ? Si l'on trouve que c'est mettre à trop haut prix la culture sérieuse des lettres que de s'imposer pour y réussir un long enchaînement et une prodigieuse variété de travaux, qu'on songe à ce que doit éprouver l'érudit, l'historien et le philosophe en voyant se multiplier sous sa plume les rapproche» ments imprévus, les comparaisons instructives, les solutions jusqu'alors vainement cherchées.
« L'étude ! s'écriait le P. de Ravignan dans une de ses plus belles conférences, que ce nom rappelle à la fois de souffrances pénibles et de douces jouissances ! et qu'une vie studieuse mérite bien du Seigneur, autant que la culture des champs, une abondante moisson ! Mais combien d'hommes, après les premières années de la jeunesse, demeurent totalement étrangers aux lois sacrées d'une étude attentive! Une incroyable légèreté, une indéfinissable noncha* lance arrêtent et paralysent trop souvent la sève des talents les plus généreux (i). »
(i) C'était, aux yeux d'Ozanam , une tôtitation perm*-.
Jeunes gens, ù qui Dieu a départi les loisirs d'une cx'stence opulente, pourquoi les lettres et, par là, j'entends, non pas le feuilleton de votre journal ou le roman de votre revue, mais la littérature noble et sérieuse, pourquoi les lettres ne continueraient-elles pas à être le but constant de vos travaux et votre plus cher délassement ? L'orateur romain, vous le savez, n'hésitait pas à les appeler un ornement dans la prospérité, un refuge dans l'adversité : les siècles n'ont rien ôtc à la vérité de cet éloge. Quel abri vous préparez-vous contre les dégoûts qu'entraîne infailliblement une perpétuelle oisiveté ? Et quand les déceptions inévitables dans le commerce de la vie viendront frapper à votre porte, pensez-vous que vos divertissements ordinaires suffiront toujours pour rendre la paix à votre âme? Estimez-la assez pour la croire digne de plus nobles satisfactions.
Montesquieu, on le sait, aimait à répéter : « Je n'ai pas eu une peine dans ma vie, une de ces peines dont on peut se consoler, parce qu'elles n'attaquent pas le fond du cœur, qu'une heure de lecture n'ait dissipée, w Et en vérité, pour qui sait ouvrir son intelligence à ces impressions aussi élevées que bienfaisantes, dans les jours d'ennui, dans les moments de lassitude, quelle jouissance rafraîchissante dans la plus lointaine émanation d'éloquence ou de poésie I
nente et très redoutable qui cette disposition d'esprit â se laisse distraire, et il lui semblait que le grand secret de l'éducation devait être de nous en coniger.
D'ailleurs si pour tous l'étude peut être une source déplaisirs, pour quelques-uns elle est un devoir, et, pour ainsi dire, la rançon obligée des dons de la fortune. Dieu n'a pas entendu affranchir de toute charge ceux à qui il a prodigué les richesses et les douceurs de la vie : il a voulu qu'ils fussent au milieu de leurs frères les dispensateurs des connaissances utiles ou nécessaires à l'humanité. Tandis que le laboureur se courbe vers la terre pour la forcer à se couvrir de fertiles moissons, tandis que l'artisan est absorbé par les soucis du négoce et l'ouvrier par les durs labeurs de rindustrie, aux riches la mission de répandre autour d'eux la lumière, d'instruire l'ignorance, de dissiper les préjugés.
Après les paroles çloquentes d'Ozanam, tout commentaire peut paraître ici superflu. Mais précisément à ce point de vue, les hautes classes de la société ne donnent-elles pas trop fréquemment le spectacle d'une abdication coupable? Depuis un demi-siècle nous avons vu s-e succéder des générations qui ne demandaient qu'à se laisser mollement bercer sur l'oreiller du plaisir : comment n'eussent-elles pas perdu le sens de la vie ? Notre temps est en proie à un matérialisme pratique auquel les opinions les plus conservatrices ont contribué peut-être autant que les tendances les plus révolutionnaires. Ce n'est point ici le lieu de développer ce sujet : quelques réflexions suffiront.
De quel courage le jeune homme n'a-t-il pas besoin ^our résister à l'exemple et ne pas se laisser énerver ^ar l'atmo-phère au sein de laquelle il grandit? Les
illusions naïves, dont nos pères, dit-on, se berçaien autrefois trop aise'ment, ont e'té définitivement bannies et remplace'es par les re'alités prosaïques ; n'est-il pas à craindre, dès lors, que l'idéal, « ce rayon descendu des cieux pour éclairer la terre », ne devienne de plus en plus un mot vide de sens ? Aux passions généreuses de la jeunesse qui ne demandent, pour être fécondes, qu'à être sagement dirigées, succèdent des sentiments intéressés et mesquins. C'est ainsi que pour plusieurs la vie, devenue pour ainsi dire sans but, s'écoule dans un marasme continu d'indifférence qui ne laisse de place qu'aux futiles agitations d'ici-bas. Le comte de Maistre a peint quelque part,en deux ou trois mots énergiques, ces hommes dont la tête est « chargée, fatiguée, aplatie par l'énorme poids du rien ».
Voilà le mal social contre lequel Ozanam a lutté avec une infatigable ardeur. Lui qu'on était sûr de retrouver partout où il y avait une impulsion à donner, une vérité à défendre, une grande œuvre de charité à accomplir, il gémissait profondément de ces désertions si fatales à la cause du bien. Toute sa correspondance n'est en quelque sorte qu'un cri d'alarme où l'encouragement se mêle au reproche, où dominent tour à tour les fières espérances de la victoire et les sinistres appréhensions de la défaite. Il retrace à un un de ses jeunes amis les obligations redoutables qu'impose aux hommes de foi la situation présente ; puis il ajoute aussitôt : « Voilà ce que nous devrions faire si nous en étions dignes. Mais que nous sommes loin d'une si belle vocation I que de lâches ha-
bitudes à vaincre ! quelles ide'es mesquines à abdiquer! quelle élévation et quelle pureté de caractère à acquérir pour mériter de devenir les instruments de la Providence, dans l'exécution de ses plus admirables desseins ! »
Certes, en aucun temps les luttes n'ont manqué au monde; mais quand vit-on au même degré cette lassitude qui fait fuir le combat? Des regrets, des lamentations stériles, ou encore des protestations impuissantes, voilà bien souvent, en face des plusaudacieuses tentatives, les seules armes auxquelles on ait recours. Qu'on le sache, ce sont là des digues insuffisantes pour contenir le torrent qui déborde. Quand un navire est en péril, ce ne sont pas les passagers effrayés et éperdus qui peuvent le sauver, mais bien le pilote courageux qui, tandis qu'il suit de l'oeil les progrès menaçants de la tempête, de ses mains vigoureuses maintient le gouvernail, malgré l'assaut des flots irrités. \
Lorsque les complications menacent de devenir trop pénibles ou trop nombreuses, on prend volontiers le parti héroïque de se réfugier dans l'insouciance, comme s'il suffisait de négliger un danger pour le conjurer. On ignore ou l'on feint d'ignorer que l'esprit du christianisme doit être un esprit de courage et de force, un esprit de fermeté et de vigueur, et ok achète parfois la paix au prix de transactions coupables (i). Est-ce là l'exemple que nous ont laissé les
(i) Dans saint Augustin déjà nous pouvons lire ce mémo-
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saints de tous les temps et en particulier ces intrcpides et liéroïques missionnaires du iv^ siècle, dont Gzanam a raconté avec une si entraînante éloquence la vie semée de tant de luttes, mais aussi illustrée par tant de conquêtes? Sont-ce les sentiments qui se trahissent dans cette lettre écrite par Ozanam, jeune étudiant, au lendemain des émeutes populaires qui suivirent i83o :
« Mon intelligence tantôt rêve un avenir de gloire et de bonheur, tantôt croit apercevoir dans le lointain la barbarie et la désolation approchant à grands pas. Les derniers faits surtout m'ont frappé de la consternation la plus profonde et m'ont rempli de Findignation la plus vive. Néanmoins ces considcrations mêmes m'animent et me pénètrent d'une sorte d'enthousiasme. Je me dis qu'il est grand, le spectacle tuquel nous sommes appelés ; qu'il est beau d'assister à une époque aussi solennelle; que la mission d'un jeune homme dans la société est aujourd'hui bien grave et bien importante. Loin de moi les pensées d*^ iécouragement ! Les dangers sont un aliment jrour qui se sent au cœur un besoin immense et indéfini que rien ne saurait satisfaire (i). »
Pareil zèle vit encore, j'ose l'affirmer ici au risque de paraître me contredire : oui, dans les plus humbles sphères comme dans les plus hautes, on rencontre quelques-unes de ces âmes que l'amour du bien pour-
rable avertissement : « Vide ne forte ideo non sit belluin, quia jpax perversa est. »
DE FRÉDÉRIC OZANAM 23j^
suit d'un continuel aiguillon, de ces âmes pénétrées jusque dans leur fond le plus intime du sentiment d'une vocation sainte, de ces âmes enfin pour qui l'existence n'a de prix qu'autant qu'elle est mise au service d'un infatigable dévouement. Qu'est-ce donc qui retarde et compromet le succès de tant d'efforts?
C'est d'abord l'isolement, isolement tantôt forcé, tantôt volontaire, mais d'autant plus déplorable que nos adversaires combattent en rangs plus serrés et plus compactes : c'est ensuite, seconde cause non moins décisive, le manque de persévérance.
Il y a un âge où l'on se nourrit de généreuses espérances, de fortes résolutions. Puis vient l'inévitable dispersion du temps et de la vie qui éteint cette flamme sacrée : les difficultés déconcertent, les revers abattent. Naturellement nous désirons marcher sur un sentier uni, récompenses par des succès sans revers, entourés d'amis toujours prêts à nous encourager et à nous applaudir. Mais la Providence a permis les inimitiés, les abandons, les souffrances et les orages : et, comme l'a dit un illustre évêque, la grande question de savoir si nous atteindrons le but, si nous grandirons en force d'esprit et de cœur, ou si nous végéterons dans rimpui:sance, dépend avant tout de l'usage que nous ferons de l'adversité. Malheur à ceux dont le courage cède à la première épreuve et qui demandent leur salaire avant la dernière heure du jouri
Mais pour préparer ainsi à l'ordre social et religieux de vaillants défenseurs, certaines conditions soni
2'6b LA VIE ET LES ŒUVRES DE FRÉDÉRIC OZANAM
nécessaires : Fre'déric Ozanam eut le double mérite et d'en comprendre l'importance et d'en hâter la réalisation. De quelle manière et en quelles circonstances ? C'est ce que nous apprendront les deux chapitres qui suivent.