S ŒUVRES
de son éducation religieuse, morale, politique, de tout ce qui l'afFranchit de ses passions, de tout ce qui le rend libre et de tout ce qui peut le rendre grand. L'assistance honore quand elle joint au pain qui nourrit la visite qui console, le conseil qui éclaire, le serrement de main qui relève le courage abattu, quand elle traite le pauvre avec respect, non seulement comme un égal, mais comme un supérieur, puisqu'il est parmi nous comme un envoyé de Dieu pour éprouver notre justice et notre charité (i). »
Qu'on me permette d'ajouter à ces belles et profondes réflexions d'Ozanam un dernier commentaire. Sans doute la charité est dans la pièce d'or que le riche dérobe à son superflu, dans les secours matériels qui éloignent du foyer de l'indigent ces deux spectres horribles, le froid et la faim : mais son domaine ne connaît pas d'autres limites que celles de l'infortune. Elle est dans la science qui instruit, dans le crédit qui protège, dans l'exhortation qui corrige, dans la parole bienveillante qui encourage. Toutes
(i) Extrait deVEre nouvelle (T. VII, p. 275). —Dans un autre passage, je rencontre ces lignes non moins dignes d'attention : « On reproche à la société chrétienne d'avoir inventé la charité pour se dispenser de la justice. Mais pour nous, la mendicité et l'aumône sont inséparables de toute destinée humaine. Nous croyons que la Providence a su mettre les plus fiers dans la nécessité de demander la charité et de la recevoir... Quel savant ne s'est assis aux pieds d'autres plus savants que lui, et ne leur a mendié des lumières î Les heureux mendient des plaisirs, et les affligés qui viennent pleurer auprès de vous mendient une de vos larmes. » {Les Poésies de Jacopone^ T. V, p. 223.)
les classes de la société, même les plus humbles, renferment des hommes à qui Dieu a départi les dons de l'intelligence et qui par le travail ont fécondé au centuple ces trésors naturels : à eux de les communiquer et de les répandre. Les vérités que nous possédons, et je ne parle pas seulement ici de la vérité la plus haute, la vérité religieuse, mais de toute vérité intellectuelle et sociale, nous devons les faire briller aux yeux qu'aveuglent les préjugés ou l'ignorance. Il y a en ce monde des avares de la science, et ils sont aussi coupables que ceux de la fortune. En gardant pour soi ce qui peut servir à tous, on commet une injustice envers l'humanité. Le pauvre a besoin de pain, et le mauvais riche le laisse mourir à sa porte : les nations ont besoin de s'éclairer, et le savant égoïste laisse l'erreur s'accréditer, les préventions s'accroître, les ténèbres s'épaissir : tous deux auront des comptes sévères à rendre au juge suprême.
Si tant de passions mauvaises fermentent en secret au sein des masses, si de temps en temps des explosions soudaines font redouter le retour des jours les plus néfastes du passé, que chacun de nous descendant dans le fond de sa conscience se demande s'il a fait, s'il fait encore chaque jour tout ce qui est en son pouvoir pour conjurer ces terribles catastrophes. L'Evangile qui n'a que des consolations pour le pauvre, n'a que des rigueurs pour le riche : c'est d'une bouche divine qu'est tombée cette sentence : Vœ dhitibus^ après ces paroles de bénédic^ tion : Beati pauperes.... Beati qui lugeni.