AVANT-PROPOS
Il y a dans le monde certaines figures illustres qui ne cessent d'attirer les regards et de s'imposer^ pour ainsi dire, à la contemplation des hommes : il en est d'autres iJioins célèbres, 7nais plus sjnnpathiques peutêtre, vej^s lesquelles, à défaut d'admiration, nous nous sentons attifées par une inclination secrète. Le temps, forcé de respecter la gloire d^s premières, laisse quelquefois tomber les secondes dans im oubli injuste et doublement regrettable. Rien de plus co7isolant, e?i effet, que la vie des hommes de bien qui., sans s'appuyer sur l'éclat du génie ni sur le prestige de la renojnmée, ont su triompher de l'indifférence pendant la vie et du silence après la mort. Rien aussi de plus instructif : car leur œuvre est une leçon éloquente et surtout précieuse à recueillir. On a dit de l'exemple qu'il est la l'oie abrégée de la persuasion : il anime et entraîne^ là ?ncme oii serait stérile l'exhortation la plus pressante. Mais plus il part de haut, plus il suppose de
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dons extraordinaîj'es, plus il étonne, moins il a de prises siu^ notre faiblesse. La grandeur même de certaines célébrités nous dissuade trop aisément de les ■choisir pour modèles : comme les grands sommets, on les contemple de loin tout en désespérant d'y attein' dre., au lieu que le bien accompli dans une situation plus rapprochée de la nôtre nous touche davantage, et, du moins, supprime cette excuse si familière à notre paresse, l'excuse de notre impuissance.
Or, F7^édéric O^afiam est t'raitjient l'un de nous. Si ses contemporains l'ont aimé, s ils ont rendu u?i public hommage à ses jnérites, si nous, venus un demisiècle plus tard, nous continuons à entourer son nom d^une affection et d'un respect bien légitimes, à quels titres en est-il redevable? à l'illustration de sa famille ? à l'auréole du savant et de l'inventeur ? à l'autorité de l'homme d'Etat ? à l'immortalité du poète ? Non, mais bien à so7i amour du travail, à la constance de ses efforts, à la bonté de son âme, à la noblesse de son caractère, autant de vertus qui ne réclamait de nous que notre bonne volonté.
D'ailleurs l'œuvre d'O^anam porte en elle un enseignement plus particulier, merveilleusement adapté à notre génération.
Sans doute Dieu a ici-bas sa milice spéciale, et c'est le sacerdoce : mais aujourd'hui que l'ordre public fondé par le christianisme est battu en brèche de toutes parts, il faut que le nombre des défenseurs s'accroisse en raison des difficultés de la lutte : et puisque l'organisation de plus en plus démocratique des Etats modernes a permis à nos adversaires de preJid7^e position dans toutes les sphères de la vie
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sociale^ lettres^ sciences, arts, commerce et industrie, assistance charitable, économie politique, administration locale, c'est partout aussi que doit s'organiser et s'affirmer la résistance. De là entre le prêtre et la société la'ique, unis dans un apostolat commun, ce rapprochement ou plutôt cette heureuse rivalité d'efforts qui, dans l'histoire du catholicisme., apparaît comme un des traits distinctifs de notre siècle : alliance féconde que le P. de Rai'ignan , peu d'années après la fondation de la société de Saint-Vincent de Paul, saluait dans la chaire de Notre-Dame de ces belles paroles :
« Bénis soient, au nom du Dieu des sciences et du Père des miséricordes, ces hommes, jeunes pour la plupart, mais déjà mûrement et fortement déroués à l'Eglise, d'avoir compris le secours demandé par le sacerdoce à leur courage, à leur jranchise, à leurs convictions éclairées. Ils se sont élancés vaillamment dans r arène, l'étendard catholique à la main, et Vont arboré à la tête de leurs entreprises et de leurs nobles travaux. Et certes, je le dis parce que je le pense, tii leurs efforts ni leurs talents n'ont matiqué de fruits glorieux. »
Dois-je parler ici des chefs reconnus de cette courageuse phalange, de ces hommes supérieurs autour desquels vinrent se rallier d' intrépides soldats? Ce serait rappeler ce que personne n'ignore : mais ce qui ne sera pas contesté, c'est qu'au p?~emier rang des combattants, et presque aux côtés de leurs chefs, a brillé d'un doux éclat le nom de Frédéric 0\anam. Mêlé à toutes les revendications, à tous les progrès de l'élément catholique en France pendant les vingt années qui suivirent