X AVANT-PROPOS
immédiatement la révolutioji de i83o^ le jeune professeur de la Sorhonne, enlevé à sa cause à la jleur de Vàge, n'en demeurera pas moins dans ?iotre histoire comme un des plus éminents représentayits de l'esprit religieux, de la science religieuse au xix^ siècle. Cette sympathique Jigure, pâlie par l'étude et la souffrancCy a pu être coynparée aux bustes de marbre qui ornent les églises d'Italie et que caressent de leurs niélancoliques reflets les la?7ipes suspendues devant le sanctuaire. Mais O^anam a voulu être, et a été surtout un homme d'action. Je comiais peu de vies aussi courtes marquées par autant de créatio7is durables.^ et en suivant pas à pas sa carrière, il n'est presque ancune des questions discutées avec le plus de passio?î à l'heure présente, que l'on ne soit amené à approfondir.
Aussi ne suis-je point surpris de voir, au lendemain de sa 7nort prématut^ée, quelques généreux Lyonnais, ses compatriotes, prendî^e l'initiative d'une souscrip' tioti destinée à publier ses œuvres et à élever par là à sa mémoiî^e le monument le plus digne d'elle. La main pieuse d'un érudit auquel 0:{anam avait témoigné peti'^ dant sa vie autant de gt^atitude que de confîayice, s'est acquittée de cette tâche non seulement avec le tact d'une intelligence d'élite, jnais encore avec le dévouement empressé d'un ancien et fidèle ami (i). C'est là, c'est dans ces on^e volumes qu'il faut chercher O^anam, si
(i) Œuvres complètes de A.-F. O^anam, avec une préface par M. Ampère, de l'Académie française. (Paris, LecofFre, i855.) Dès 1862 paraissait une nouvelle édition en 11 volumes, avec une addition importante : la traduction du Purgatoire de Dante, accompagnée d'un commentaire. C'est à cette seconde édition exclusivement que se rapportent dans le présent travail les renvois placés à la fin de chaque citation.
AVANi-fKuPÛS IX
l'on peut vraiment le trouver et le posséder tout entier. J'ai essayé de raconter sa vie : mais elle est écrite avec un abandon charmant en même temps qu'avec une profusion étonnante de détails dans ces Lettres, o« sa belle âme se trahit à chaque page presque à son insu (i). Pour mieux înettre en lumière les multiples aspects de son talent, il a été nécessaire de recourir à l'analyse, d'isoler et de séparer ce qui était naturelle7nent uni : c'est seulement en lisant la suite complète de ses ouvrages qu'on mesurera l'étendue et la solidité de Védijîce qu'il avait entrepris d'élever en l'honneur du catholicisme.
« Courage dans le travail, persévérance dans la lutte, vérité dans la science^ poésie dans l'érudition », voilà en quels termes un éminent or^ateur a défini 0\anam, et pour ne pas être trop imparfaite, l'étude qu'on va lire devrait offrir de ces paroles un vivant commentaire. Quelques pages, accompagnées d'un choix heureux de citations, suffisent le plus souvent pour faire connaître une œuvre littéraire : s'agit-il d'apprécier un caractère, la tâche de l'écrivain et du critique ^ui juge à distii'-'ce.i devient plus délicate.
Mais, ici encore, la voie m''est tracée. Plusieurs furent vantés à leur époque, entourés même d'une popularité bruyante, dont la postérité entend à peine prononcer le nom. Au contraire, par une juste récompense du Ciel, lu renommée de Frédéric O^anam semble grandir à mesure que sa vie s'éloigne, et^ comme l'écrivait, il y a bien des années déjà, un de ses élèves,
(i) Ces Lettres ont été réimprimées plusieurs fois et assez récemment en deux volumes in-12. (Paris, Lecoffre, 1881.)