‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 102 sur 184 · Mémoires de cfÈpinaxj, t. H, ch. Vf · texte numérisé non relu

Mémoires de cfÈpinaxj, t. H, ch. Vf

Il aimait à faire du sentiment : il n^aurait pas été de son siècle, s'il n'avait pas eu ce goût; il se prétendait fait pour les liens de l'amitié et de l'amour; à l'entendre, il avait besoin d'affection ; comment jusque-là avait-il satisfait ce besoin? Pendant quelques années (c'était le bon temps) M""" de Warens avait rempli son cœur. Cet attachement, qui avait été emporté par le désordre et surtout par l'absence de celle qui en était l'objet^ avait-il été remplacé? Il aurait voulu se le persuader; mais il avait beau relever Thérèse dans son esprit aux dépens de M™^de Warens, la grossièreté, la sottise, le défaut d'éducation, la nullité de cette fille étaient par trop évidents ; l'avantage restait toujours à M"'^ de Warens. Thérèse avait, d'après lui, toutes les qualités, 'ce qui n^empêche pas qu'il termine son éloge par ces mots dits après une union de vingt-cinq ans : « Du premier moment que je la vis jusqu'à ce jour, je n'ai jamais ressenti la moindre étincelle d'amour pour elle*. » Il voulait, à côté de Thérèse, avoir une famille ; il n'avait trouvé qu'une vieille femme rusée, rapace, incommode, des frères, des sœurs, des neveux, des nièces, avides et voleurs; il avait eu de Thérèse des enfants, et il s'est prétendu forcé de renoncer aux douces joies de la paternité et d'abandonner ses enfants au hasard , pour leur éviter le malheur certain d'une mauvaise éducation.

Faute de mieux, il a cherché dans l'amitié une partie au moins des satisfactions qu'il a vainement demandées à la tendresse d'une compagne. Il n'a pas encore éprouvé les déceptions de l'amitié ; mais patience, cela ne tardera pas à arriver. Pour un

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