‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 109 sur 184 · MOULTOU · texte numérisé non relu

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lerai plus. C'est pourtant un citoyen bien singulier qu'un ermite. » Comme diversion, il lui parlait de la Nouvelle Hélo'ise\ Mais il était trop tard, et l'intérêt même que Jean-Jacques portait à son ouvrage n'était pas capable de rétablir sa malheureuse humeur. Il ne s'agissait plus seulement d'un mot piquant, qu'un désaveu fait oublier, mais d'une foule d'offenses qui n'étaient nullement désavouées. « Tenez, écrit-il à M""^ d'Epinay, voilà les lettres de Diderot et ma dernière réponse : lisez et jugez-nous, car, pour moi, je suis trop aigri, trop indigné pour avoir de la raison ^ » Il fallait que quelqu'un en eût pour lui. M""" d'Epinay s'y appliqua, et d'abord lui enjoignit de ne pas envoyer sa lettre. Elle n'était bonne, en effets qu'à consommer la rupture des deux- amis. « Ne venez pas, je vous en conjure, disait Rousseau en finissant... Si vous avez quelque respect pour une ancienne amitié, ne venez pas l'exposer à une rupture infaillible et sans retour^. »

Diderot ne vint pas, mais il écrivit, et dans sa lettre, il eut le tort de rappeler ses services, sujet toujours scabreux avec les caractères susceptibles^. « Vous me parlez de vos services, répliqua Rousseau, je ne les avais point oubliés... Mais tout votre empressement, tout votre zèle pour me procurer des choses dont je n'ai que faire me touchent peu. Je ne veux que de l'amitié, et c'est la seule chose qu'on me refuse. Ingrat ! je ne t'ai point rendu de

1. Deux Lettres de Diderot à Rousseau, janvier 1757. — 2. Lettre à M^' d'Épinay , janvier 1757. — 3. Lettre à Diderot, mercredi soir 1757 ; voir

aussi Deux lettres de M™e d''Épinay à /?owsseaît, janvier 1757.

— 4. Lettre de Diderot à Rousseau, janvier 1757.

LA YIE ET LES ŒUVRES

services, mais je t'ai aimé, et tu ne me paieras de ta vie ce que j'ai senti pour toi pendant trois mois... Homme insensible et dur, deux larmes versées dans mon sein m'eussent mieux valu que le trône du monde ; mais tu me les refuses et te contentes de m'en arracher. Eh bien ! garde tout le reste ; je ne veux plus rien de toi V »

Que de déclamations ! Quel étalage de grands sentiments ! Et pourquoi ? Pour une querelle insignifiante. Quand on écrit si bien, ne saurait-on au moins écrire et penser juste ?

Rousseau voyait son ami lui échapper. Cette perspective paraissait le désespérer, mais ne le rendait pas plus accommodant. Dans une lettre particulièrement soignée, car il en a laissé deux rédactions différentes, il expose à M"'^ d'Épinay sa théorie de l'amitié (il aimait à mettre de la théorie partout) : (( Premièrement, je veux que mes amis soient mes amis, et non pas mes maîtres... Leurs grands empressements à me rendre mille services dont je ne me soucie point me sont à charge; j'y trouve un certain air de supériorité qui me déplaît...

« S'il survient une querelle... c'est à celui qui a commencé la querelle à la finir. Si je reçois mal sa censure, si je m'aigris sans sujet, si je me mets en colère mal à propos, il ne doit pas s'y mettre à mon exemple, ou bien il ne m'aime pas.

(( J'exige d'un ami bien plus encore que je ne viens de vous dire, plus même qu'il ne doit exiger de moi et que je n'exigerais de lui s'il était à ma place et que je fusse à la sienne. En qualité de solitaire, je suis plus sensible qu'un autre.. . En qualité

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