Revue des Deux Mondes, 15 septembre
Cet état dura quatre mois. Rousseau admire comment, pendant un temps si long-, une intimité presque sans exemple , dans des circonstances si délicates^ put exister, sans qu'un moment d'oubli en ait dénaturé le caractère. M"''' d'Houdetot, dit-il, était défendue parle souvenir de Saint-Lambert; lui-même Tétait par son respect pour la divine idole qu'il adorait dans son cœur. « Je l'aimais trop, ajoute-t-il, pour vouloir la posséder ^ » Purs sophismes. On ne poursuit pas un but avec tant d'ardeur et de persévérance , quand on ne veut pas aller jusqu'au bout. Chimères contre lesquelles s'élève tout le récit, et que lui-même prend soin de démentir à la page suivante.
Cependant il n'invente pas tout à fait ce sentiment dont il fait ici parade. Il l'a même consigné dans une lettre , qui offre le plus singulier mélange de fausse générosité et de tentatives coupables, « Que je vous dise une fois ce que vous devez attendre, sur ce point difficile, de votre tendre et trop faible ami...Mapassionfuneste , vous la connaissez; il n'en fut jamais d'égale ; je n'ai rien senti de pareil à la fleur de mes ans; elle peut me faire oublier tout, et mon devoir même, excepté le vôtre. Cent fois elle m'eût déjà rendu méprisable , si je pouvais l'être par elle, sans que vous le devinssiez aussi... Non, Sophie, je puis mourir de mes fureurs, mais je ne vous rendrai point vile. Si vous êtes faible et que je le voie, je succombe à l'instant même. Tant que vous demeurerez à mes yeux ce que vous êtes , je n'en trahirai pas moins mon ami dans mon cœur, mais je lui rendrai son dépôt aussi pur que je l'ai