‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 116 sur 184 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

LA VIE ET LES OUVRES

avec intention, c'est absolument contraire à son caractère, à ses déclarations, à toutes les vraisemblances. Mais puisque Rousseau affirme qu'il n'avait rien à cacher, qu'il agissait au grand jour, il a mauvaise grâce à exiger que les autres soient plus discrets que le principal intéressé. Il n'en bâtit pas moins là-dessus tout un échafaudage de complots, de trahisons et de querelles. Il n'est pas impossible non plus que M"''' d'Houdetot, étourdie, naïve, confiante, désireuse de se débarrasser des importunités de Rousseau^ se soit adressée à son amant pour y parvenir. Enfin, l'on a été jusqu'à dire que Saint-Lambert aurait été prévenu par Rousseau lui-même. Il est sûr que M"'^ d'Houdetot se plaignit à ce dernier de son indiscrétion et de celle de ses amis. Elle lui aurait, dit-elle, gardé toute sa vie le secret de sa malheureuse passion ; mais il en avait parlé à des gens qui l'avaient rendue publique. Ces bruits étaient parvenus à Saint-Lambert ; celui-ci s'était affligé d'une passion qu'elle n'avait pourtant jamais flattée et dont elle ne lui avait fait mystère que parce qu'elle avait eu l'espérance de la guérir.

d'Houdetot ajoutait que depuis qu'il est établi dans le monde que Rousseau est amoureux d'elle, il ne serait pas décent pour elle de continuer â le voir en particulier*.

D'après Marmontel, Jean-Jacques, effrayé de sa passion, aurait été consulter Diderot. « Il faut vousmême, lui dit celui-ci, sans différer, écrire à Saint- Lambert, lui tout avouer, et en vous donnant pour excuse une ivresse qu'il doit connaître, le prier de vous pardonner un moment de trouble et d'erreur.

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